L'histoire des boulangers de Séné : depuis les LE DIGABEL jusqu'aux MONDEJAR, Place de l'Eglise au Bourg.
La consultation des registres de l'état civil sur le site des Archives du Morbihan et celle des sites de généalogie permettent de retrouver des actes où figure parfois la profession des parents ou des mariés.
Ainsi l'acte de mariage de Sylvestre LE DIGABEL [17/7/1778-3/10/1835] le 31/1/1809 avec Guillemette LE DU, nous apprend que ce dernier, natif du village de Langle, est boulanger au bourg de Séné.
Pourtant, ses parents, Vincent LE DIGABEL et Elisabeth LOHER sont laboureurs à Langle. Nous sommes sous le 1er Empire et la Révolution a rabattu les cartes des professions. Il est sans doute devenu un notable à Séné puisqu'il épouse la fille du 2° maire de Séné, Julien LE DU.
Analyse : Comment le jeune LE DIGABEL est-il devenu boulanger au bourg?
Il se peut qu'à la Révolution le ou les fours situés au bourg de Séné, peut-être propriétés comme le moulin de Cantizac du Clergé ou de la Noblesse, aient été saisis et vendus par les Autorités Révolutionnaires. La famille LE DIGABEL se serait portée acquerreur d'un four.
Si les actes d'état civil et les dénombrements montrent la présence en ce début de XIX° siècle, de boulangers établis au bourg de Séné. Ainsi Bertran CALLOH [18/9/1792-26/12/1850], âgé de 25 ans, déclare cette profession lors de la naissance de ses jumelles Perrine et Marie le 6/2//1817. Mathurin LE ROUIC, 23 ans, boulanger, se marie avec Marie LE FRANC le 23/3/1817.
L'hypothèse de 2 fours au bourg de Séné est renforcée par la présence au dénombrement de 1841 de la famille LE PLAT, originaire de Theix, boulangers au bourg, comme les LE DIGABEL. Cette hypothèse semble crédible quand on consulte le cadastre de 1810. On note deux batiments avec une excroissance arrondie pouvant être l'âtre du four. Au débouché de l'actuelle rue de la Fontaine, là où existe toujours aujourd'hui la boulangerie Mondéjar, Place de l'Eglise, il y avait un four. Le deuxième four semble être à la place de l'actuel bar Le Séné Marin, là même où il y eut jadis un café-auberge tenu par les Robino...
Ces deux fours si près de l'église auraient pu avoir été des biens du clergé....
Au premier dénombrement connu à Séné en 1841, sous le règne de Louis-Philippe, son fils Jean LE DIGABEL [14/1/1813-23/8/1875] est boulanger aux côtés de son épouse Catherine Raud. Il décèdera, chose curieuse, à Fontevraud (49) le 23/8/1875 (Lire article dédié en Faits-Divers) .Entre temps il a assuré sa succession...
Sa fille Mathurine LE DIGABEL [21/11/1840-23/6/1918] déclare l'activité de lingère lors de son mariage le 9/8/1864 avec Jean Auguste ROBINO [13/2/1836 Sarzeau-5/2/1894-Séné], qui, quant à lui, est boulanger à Theix.
Les actes de naissance de leurs 2 enfants en 1867 et 1868 attestent la présence de Michel Marie LE GALLES et Marie Anne LAYEC, boulangers résidents au bourg de Séné.
Au dénombrement de 1886, la famille Robino est bien établie à Séné avec leurs nombreux enfants comme le confirme également le dénombrement de 1891 où néammoins apparait une autre famille de boulangers, mitoyens des Robino, les GUILLAS. Travaillaient-ils ensemble à fabriquer le pain dans le ou les fours des boulangeries du bourg Séné?
André GUILLAS [1818 Meucon - 14/10/1871 Bourg-Séné] déclare la profession de boulanger lors de la naissance de sa fille Marie Julienne en 1863. Il est le second mari de Marie Andrée LE GUILLANTON [18/9/1823 Vannes- ??] dont le premier époux, Yves Marie BOTHEREL [3/6/1818 Vannes - 10/4/1850 Séné Bourg] fut aussi boulanger à Séné.
SCHJERFBECK Helene 1862-1946 La boulangerie 1887
Cet état de fait perdure. Au dénombrement de 1901, 'on voit que Armand Jean ROBINO [18/7/1865-25/5/1913] a repris le fournil avec sa femme Marie Julienne LE DRESSAY.
Cet article de 1904 nous rapelle que les boulangers disposent d'un four à bois. Le dénommé Bigniau, est sans doute boulanger chez les Robino.
En 1906, les Robino emploient le boulanger Pierre Marie Perrono qui vit à Montsarrac, comme nous l'indique le dénombrement.
Armand ROBINO décède prématurément en 1913. Sa veuve, Marie LE DRESSAY, épousera en 1917 son beau-frère, Joseph ROBINO [26/1/1878-29/6/1939] qui sera mobilisé contre l'Allemagne du 11/9/1916 au 24/1/1919.
Ces deux vieilles cartes postales issues du livre d'Emile MORIN, l"Le Pays de Séné",donnent deux vues opposées de la rue Principale au bourg de Séné.
La première est prise "devant la pharmacie actuelle en regardant vers la mairie".
On voit au 1er plan à droite les Robino devant leur boulangerie. La façade blanche correspond à l'actuel café du bourg. Au second plan, comme l'explique Emile MORIN, la maison de la famille Simon qui sera détruite pour construire la nouvelle mairie vers 1924-26. (Lirer l'histoire des maires).
A gauche, la maison et sa cahute seront détruites pour élargir la rue. On reconnait à gauche la cheminée de l'ancienne bibliothèque du bourg.
La deuxième est prise "devant l'ancienne bibliothèque" et montre à gauche le café du bourg à l'angle de la rue La Fontaine. Sur sa gauche, l'ancienne épicerie de la famille Janvier, parents des Robino, qui sera détruite pour laisser place à une agence immobilière. A droite, un enclos devant la future bibliothèque, qui sera démoli et la masure qui sera également démolie.
Au second plan, l'ancienne boulangerie Robino avec devant une charette et un tas de fagots pour allimenter le four à bois.
Au dénombrement de 1926, la famille Robino "recomposée" s'active au fournil du bourg où elle emploie un ouvrier.
Photo collection Emile MORIN
Louis ROBINO [16/9/1900-22/8/1929] se marie le 7/9/1926 avec Eugénie QUESTER [26/2/1902-3/9/1979] et une belle noce a lieu à Séné qui rassemble 300 personnes. Cependant, Mme QUESTER perd son époux en 1929. Elle prend les reines de la boulangerie, épaulée par son ouvrier.
La fenêtre de droite de la vieille boulangerie est agrandie pour laisser place à un premier magasin pour accueillir les clients. Pour porter le pain aux familles qui résident dnas les nombreux villages de Séné, Mme QUESTER faisait les tournées de pains dans la commune en char à ban, se souvient sa belle-fille Mme NOBLANC.
Eugénie QUESTER, son jeune enfant Louis en 1935 avec
Aimée PELLEN née Le Corvec devant la boulangerie Collection Maggio.
Sous l'occupation Séné, ville cotière est fortement surveillée par les Allemands qui occupent plusieurs maisons de Sinagots. Le document ci-dessus nous indique que la mairie de l'époque autorise le boulanger Julien LE GLOAHEC [4/5/1875 Vannes - Séné] à circuler la nuit pour se rendre à la boulangerie de la veuve Robino au bourg. Le document n'est pas signé du maire,
Leur enfant, Louis Armand ROBINO [1929-22/06/2021], reprendra la boulangerie familiale avec son épouse Madeleine NOBLANC. Après la Libération, la boulangerie Robino fera les tournées pour vendre le pain dans les villages en estafette bleue.
On voit bien sur cette vue aérienne, la place de l'Eglise avec les deux maisons jumelles. A gauche la boulangerie et à droite la future pharmacie des voiles rouges.
Au dénombrmeent de 1962, il est bien répertorié en tant que boulanger avec sa mère. En 1963, la batisse de gauche, similaire à celle occupée aujourdh'ui par la pharmacie du bourg, est abattue pour construire une nouvelle maison et un nouveau fournil.
Photo 1965-Collection Maggio
En 1989, Louis ROBINO fait une réclame dans le bulletin municipal de l'époque.
Il cèdera le fond en 1989 à un boulanger, Michel LE GOFF qui restera 4 ans dans ces murs.
Par la suite la Sarl CRIAUD fera le pain au 22 Place de l'Eglise à Séné. En 1998, c'est au tour de Jean-Pierre et Catherine DUAULT de reprendre la boulangerie du bourg de Séné.
En 2006, Fabienne et Didier TARDIFF s'installent boulangers. Depuis septembre 2017, Patricia et Thierry MONDEJAR sont nos nouveaux boulangers au bourg de Séné.
Mention spéciale à la boulangerie Mondejar, qui a donné à de succulentes pâtisseries des noms de notre patrimoine.
Pour faire la guerre, il faut des soldats, des mitrailleuses, des canons et de la poudre. La poudre est produite à partir de nitrates. Pendant toute la durée du conflit, le transport des matières premières, charbon, métaux et nitrates a été primordiale pour approvisionner les usines d'armements. Lire l'histoire des charbonniers Danet et Rolland ou "minéralier" que fut JACOB.
Les principaux gisements de nitrates se trouvent au Chili et les belligérant affrêtent des navires pour transporter la base de la poudre à canon.
Parmi ces marins, trois jeunes Sinagots, Pierre Marie LE DORIOL, Louis Jean Marie DARON et Pierre Marie LE PORT ont oeuvré à l'effort de guerre et sont disparus bien jeunes en mer pour ramener en France les précieux nitrates.
Pierre Marie LE DORIOL : 17/03/1897 - 29/10/1915. officiellment mine
Pierre Le Doriol est né à Séné, village de Kerdavid comme l'indique son acte de naissance. Son père est pêcheur et sa mère ménagère.
On retrouve la composition de la famille Le Doriol au dénombrement de 1911 avec 3 garçons et leur parents.
Sa fiche d'inscrit maritime nous indique qu'il embrasse la carrière de marin à l'âge de 13 ans comme mousse sur la Sainte Espérance et on le retrouve matelot sur ce même bateau en mars 1913. Après une semaine sur le Touraine - bateau dans le quel s'est noyé Le Gregam de Séné - on le voit à bord du Hoche comme matelot léger à partir de juin 1914. Il y fait un premier voyage vers Liverppol.
"Le Hoche" est un trois-mâts carré de 1941 tonneaux JB, lancé le 4 mai 1901 par les Chantiers de la Loire.
Il est armé à Nantes le 28/09/1915 et faisait route de Nantes à Valparaiso au Chili via Leith près d'Edimbourg en Ecosse. Il a disparu le 29 octobre au large de l'Ecosse entre Ipswich et Leith. Il allait sans doute charger au Chili du nitrate, indispensable minerai pour produire la poudre à canon.
Que s'est-il passé ?
Les cartes météo des 29 et 30 Octobre 1915 nous montrent qu'une violente tempête de SW devait régner sur la zone à cette période. On peut donc penser que le navire, probablement sur lest puisqu'il devait charger à Leith, aura connu des difficultés et fait naufrage par fortune de mer.
La presse de l'époque se fait l'écho de ce naufrage :
– Le Figaro, n° 303, 30 octobre 1915, p. 2 : Dépêches et nouvelles.
Inquiétudes. - La goélette Hoche, de Nantes, a été vue à la dérive, au large des côtes d'Écosse, puis a disparu. On craint qu'elle n'ait péri,
- Ouest-Éclair – éd. de Nantes – , n° 5984, 31 octobre 1915, p. 4 : UN NAVIRE FRANÇAIS PERDU.
LONDRES, 30 octobre. - La goélette française Hoche, de Nantes (il s'agit, sans doute, du long-courrier nantais), a été aperçu [sic] jeudi soir allant à la dérive au milieu de la tempête, à environ huit milles de la côte Est d'Écosse, entre Arbroath et Carnoustie. Les feux du bâtiment ont disparu à la nuit tombante, et, ce matin, de nombreux débris ont été aperçu [sic] sur le rivage. Quatre canots appartenant au Hoche, ainsi que des ceintures de sauvetage, ont été trouvées [sic] également sur la grève. On craint que le bâtiment n'ait été perdu corps et biens.
Le Hoche avait quitté Ipswich il y a quelques jours. L'équipage comprenait 23 hommes. »
Et une interrogation en raison de cette autre brève : le Hoche aurait-il été remorqué, avant ou après avoir été désemparé par la tempête, situation qui semble néanmoins fort peu probable ?
– Ouest-Éclair – éd. de Nantes – , n° 5988, 4 novembre 1915, p. 4 : NOUVELLES MARITIMES. – LA PERTE DU HOCHE. -
Le remorqueur Homer, qui conduisait le navire Hoche, est arrivé à Broughty-Ferry. Son capitaine signale que la remorque s'est rompue. Pendant le coup de vent, de nombreux débris ont été aperçus sur le rivage. Quatre canots appartenant au Hoche, ainsi que des ceintures de sauvetage, ont été trouvés également sur la grève. »
Ainsi le HOCHE était en remorque (comme sur cette photo prise dans un port de Hollande) et l'amarre du remorqueur Homer a cassé dans le mauvais temps. Il est parti en dérive dans la tempête et se serait perdu....
On a retrouvé quelques épaves sur la côte. Il y a fort a parier que ce fut une question de ripage de lest. Les voiliers étaient effectivement souvent remorqués pour de petites traversées. Les marins du Hoche victime d'une avari ont pu monter sur les canots de sauvetage mais le mauvais temps ne leur a pas permis d'atteindre terre et ils périrent en mer
Une autre source confirme le naufrage :
"Etat-civil de la mairie de Nantes, jugement du tribunal civil de Nantes du 18 octobre 1917.
Extrait...le 23 octobre 1915, le trois-mâts Hoche, immatriculé à Nantes f° 191 n° 568, quitta Ipswich à destination de Leith en remorque du remorqueur anglais Homer. Le navire, construit à Nantes en 1901, jaugeant 2 211 tonneaux, avait été armé administrativement à Nantes pour le long cours, le 24 septembre 1915, sous le n° 410. Dans la nuit du 28 au 29 octobre 1915, le Hoche se perdit corps et biens près d'Arbroath, alors qu'il était au mouillage à trois milles de terre. De nombreuses épaves recueillies à la côte le lendemain de sa disparition ont été reconnues comme appartenant au trois-mâts Hoche. D'autre part, depuis l'évènement, aucune nouvelle de l'équipage et des passagères n'est parvenue, et...les marins et les femmes qui les accompagnaient n'ont pas reparu à leurs domiciles respectifs..."
En première analyse, il semblerait que cela soit une fortune de mer qui a causé la mort de ses 32 hommes d'équipage du Hoche, dont le matelot Pierre Marie LE DORIOL qui disparait en mer à peine âgé de 18 ans.
Cependant pour d'autres éléments [à trouver] en sa possession, l'administration retiendra un fait de guerre parce que la zone était connue pour être parsemés de mines, ce qui permis d'indemniser l'armateur et de déclarer "Morts pour la France" l'équipage. L'annonce de son décès arrivera a Séné.
Ce n'est qu'en 1930 que le ministère de la marine accordera la mention "Mort pour la France" à Pierre Marie LE DORIOL ce qui lui donne le droit de figurer au monument aux morts de Séné qui n'a pu en tenir compte puisqu'il date de 1925.
Il faut donc rajouter son nom sur la liste gravée.
Louis Jean Marie DARON : 4/01/1900 - 31 juillet 1917 - Torpille U151
Louis Daron nait au début du XX°siècle ce 4/01/1900. Son père est marin de commerce et sa mère ménagère, c'est à dire mère au foyer.
La famille apparait au dénombrement de 1911 composée de 3 enfant autour de leur mère veuve depuis le décès de Mathurin Marie le 31/12/1905.
Comme son père, Louis Daron embrasse la carrière de marin. Sa fiche d'Inscrit Maritime nous fait découvrir son parcours de jeune marin. C'est à bord du canot le Printemps que le 4/01/1913 Louis Daron fait ses débuts de mousse à peine âgé de 13 ans. Au début du conflit il est à bord du Leopold. Le dernier bâteau répertorié est le Marie Céline où il est embarqué de mai à septembre 1916.
Malgré la mort de son frère (lire l'article sur les fusiliers marins à Dixmude), Louis Jean Marie DARON, travaille lui aussi à la victoire. En cet été de 1917, il est marin à bord du Madeleine II.
Ce bateau de l'armement Bordes traverse l'Atlantique pour ramener du nitrate du Chili nécesaire à la fabrication des explosifs. Comme tous ces navires qui approvionnent la France, il est une proie facile pour les U Bolt allemands.
Le 31 juillet 1917 le Madeleine est attaqué et coulé par le sous-marin allemand U155. Parmi les victimes le jeune Sinagot, Louis Jean Marie DARON à peine âgé de 17 ans.
C'est par décision du minsitre de la Marine qui sera déclaré "Mort pour la France en 1930.
Caractéristiques du MADELEINE II :
D’abord gréé en quatre-mâts carré, il fut finalement regréé en trois-mâts carré. Ce n’était pas un navire de grande marche, mais son port en lourd était avantageux par rapport à sa jauge. 3220 tpl 2709 tx JB 2340 tx JN Longueur environ 88 m Largeur supérieure à 12 m.
Capitaine Alexandre LEVEQUE né le 28/04/1884 à Pléneuf Inscrit à Saint Brieuc
La perte du MADELEINE II :
Le 6 Juillet 1917, le MADELEINE II quitte Le Verdon, à l'embouchure de la Gironde, pour Sydney sur lest, en convoi, escorté par trois patrouilleurs. Parmi les voiliers du convoi figurent également ALEXANDRE et MARTHE qui partent vers le Chili, REINE BLANCHE pour Adélaïde, tous de la compagnie Bordes, VERSAILLES et VILLE DE MULHOUSE, affrétés par le gouvernement français pour rapporter des céréales d’Australie et qui ont Melbourne comme port de destination.
Quand commence la Première Guerre mondiale, l'armement Bordes est constitué de 46 navires, 60 capitaines, 170 officiers et 1 400 matelots et maîtres. Il était le spécialiste du transport de nitrate entre le Chili et la France. La compagnie importait d'ailleurs la moitié du nitrate européen. Pendant le conflit, ses navires effectuèrent ainsi cent vingt deux voyages pour approvisionner les ports français, ce qui fut primordial pour l'effort de guerre. En effet, le nitrate était, à cette époque, un constituant des poudres pour les explosifs. Ces rotations auront donc une importance capitale pour le sort des armes. À noter que la compagnie avait été réquisitionnée par l'État début 1917, ce qui avait occasionné un changement de nom, l'armement Bordes devenant la Compagnie d'armement et d'importation des nitrates de soude.
La traversée se déroule sans encombre jusqu’à la latitude de Madère.
Rapport du capitaine Lévèque :
« Le Mardi 31 Juillet à 07H00 du matin, par 33°55 N et 22°50 W, j’ai été attaqué par un sous-marin ennemi venant du NE et signalé quelques instants avant par l’homme de vigie comme se dirigeant vers nous. Fait prendre aussitôt les dispositions de combat, mis en marche le moteur pour les émissions des appareils TSF, lancé, aussitôt l’attaque, le signal de détresse SOS suivi de notre position. Le trois-mâts est handicapé par le calme qui rend ses manœuvres lentes. Je noterai au passage le calme de mon équipage et le sang-froid des canonniers, en particulier du quartier-maitre Dinand, chef plein d’énergie de la pièce de bâbord qui parvint à encadrer l’ennemi, à le garder à distance et tira jusqu’au dernier obus restant sur le pont.
Au bout d’une heure et demie de lutte, après avoir tiré environ 200 obus, un projectile, atteignant la partie arrière de la chambre de veille et tombe sur les armoires à munitions. L’explosion tue et blesse tous les hommes assurant l’alimentation des deux pièces dont le feu diminue progressivement d’intensité, étant dans l’impossibilité de les pourvoir. Plusieurs autres obus tombent sur le pont, dans la mâture et le long du bord, blessant d’autres hommes. Un autre frappe l’avant bâbord, faisant une brèche à la flottaison. Ayant plus de la moitié de mon équipage hors de combat, étant moi-même sérieusement blessé à la cuisse gauche et étant couvert de brûlures, le feu de mes pièces étant de plus en plus éteint, décidé, après avis des principaux survivants, d’abandonner le navire dont l’arrière brûlait et que l’eau commençait à envahir. Il était 08h45 du matin. Mis à l’eau la baleinière de bâbord, celle de tribord étant indisponible, trouée par des éclats. Descendu les blessés en premier et quitté le navire avec vingt hommes. Les papiers du bord ont disparu dans l’incendie. Nous nous sommes écartés du bord. Le feu de l’ennemi, resté à distance respectable, cessa vers 10h00, quand le navire eût sombré. Le sous-marin s’approcha alors, mais changea brusquement sa route pour se diriger vers un vapeur dont on apercevait la fumée à l’horizon. »
Ce navire était le vapeur anglais SNOWDONIAN, 3870 tx. Il fut bientôt attaqué, car son appel de détresse fut reçu par le vapeur américain SANTA CECILIA, capitaine Forward, de la compagnie Nafra Line, de New York, qui faisait route vers Gênes. Un peu plus tard, il fut coulé à la position 33°44 N 22°22 W. A 13h00, le SANTA CECILIA recueillit les rescapés du MADELEINE II, et les premiers soins, sommaires car le vapeur n’avait pas de médecin, furent donnés aux blessés. Le 4 Août, ils furent transférés sur le chalutier MARACHI qui les débarqua le 7 Août à Casablanca. Le 30 Septembre 1917, le capitaine Lévèque et ses hommes furent cités à l’ordre du jour de l’armée. Le 14 Octobre 1917, un témoignage officiel de satisfaction fut accordé au navire et à son équipage.
Voici la liste des onze marins tués au cours du combat :
CARFANTON Lieutenant, DELEPINE Emile Second maitre, CHAUTEL Michel Charpentier
GERMAIN Joseph Mécanicien, BRIOT Jean Matelot, DARON Louis Matelot
FRELAUT Georges Matelot, MEHOUAS Joseph Matelot, MORVAN Yves Matelot
GUERIN Armand Mousse, ERRECALDE Victor Télégraphiste
Le sous-marin attaquant : C’était le grand sous-marin U 155 commandé du 19.02.1917 au 05.09.1917 par le Kapitänleutnant Karl MEUSEL avec à son bord 73 hommes d'équpage.
Il se rendit aux alliés le 20 novembre 1918 et fut exhibé sur la Tamise à Londres. Pendant le conflit, l'U 155 a coulé 43 navires pour un total de 120.441 t.
LE PORT Pierre Marie : 16/10/1886 - 19/09/1917
Pierre Marie LE PORT est né le 16/10/1886 en Arradon. Son extrait de naissance nous apprend qu'il nait de père inconnu et que sa mère est cultivatrice à Arradon.
Sa fiche d'inscrit maritime nous livre les débuts de son activité professionnelle à l'âge de 17 ans comme novice sur le canot l'Amiral Duperré à Séné en 1903 puis sur la Triomphante jusqu'en 1906 pour ensuite devenir sur ce bateau matelot. Cet Arradonnais fait la connaissance d'une Sinagote, Marie Céline DANET qu'il épouse le 4 avril 1910 comme l'indique la mention marginale de leur acte de naissance respectif et leur acte de mariage à Séné..
Pierre Marie LE PORT en uniforme de matelot
Photo collection L. Gerphagnon
Le jeune couple s'installe à Séné et on les retrouve au dénombrement de 1911. Comme de nombreuses familles, ils sont pêcheurs.
Marie Celina DANET, épouse LE PORT avec ses 2 filles
photo collection L.Gerphagnon
La fiche de matricule comme la fiche "Mémoire des Hommes" nous indiquent simplement que Pierre Marie LE PORT à l'âge de 31 ans est marin sur le quatre-mats "Blanche" comme quartier maître canonnier. Le bateau de commerce participe à l'effort de guerre en allant chercher des matières premières. Le voici en second plan amarré sur le port de La Pallice près de La Rochelle.
Le 4 mâts "Blanche" a été lancé au Havre le 29 novembre 1898. Il est spécialisé dans l’importation de nickel de Nouvelle-Calédonie. En 1912, il a été repris par l’armement Bordes qui lui donnait le nom de BLANCHE (3e du nom) en l'honneur de la fille de l’armateur A.D. Bordes. Longueur : 95,20 m, largeur : 13,80 m, 3 500 m² de voilure.
Le 12 septembre 1917, le navire quitte le port de La Pallice près de la Rochelle en convoi.
Le 19, à 300 miles des côtes, il est attaqué par un sous-marin allemand et après 2h30 de combat et malgré 180 coups de canon, il reçoit une torpille qui partage le bateau en deux qui coule immédiatement. On dénombre 15 rescapés qui ont pu atteindre une baleinière de sauvetage mais on dénombre 18 disparus engloutis avec la 4 mâts, dont Pierre-Marie LE PORT.
Le site internet sérieux qui répertorie les sous-marins allemands et les bateaux coulés nous livre une information importante. Le dernier trajet de la Blanche consistait à relier La Pallice à Iquique. Wikipedia nous relève que Iquique est un port du Chili spécialisé à l'époque dans l'exportaiton des nitrates naturels ou "salitres".
Au début de la Première Guerre mondiale, le Reich allemand ne tient pas compte de la neutralité du Royaume belge. Les troupes allemandes traversèrent la frontière belge près d'Arlon, et avancèrent rapidement dans le pays afin de prendre possession des ports français de Calais et Dunkerque. Lorsque l'armée allemande arriva aux environs de Dixmude en octobre 1914, le Roi des Belges donna l'ordre d'inonder la région en ouvrant les écluses de l'Yser, stoppant ainsi l'avancée des troupes allemandes.
Le fleuve envahi par la mer devint alors une ligne de front. La ville fut attaquée une première fois le 16 octobre 1914, ce qui marqua le début de la bataille de l'Yser. Les combats sur le front belge ne cessèrent qu'à la fin de la guerre.
Parmi les soldats français envoyés sur le front de l'Yser en Belgique figure les soldats du 1er et 2° Régiment de Fusiliers Marins. Après l'hécatombe des premiers mois de guerre et la bataille de la Marne, la marine qui dispose d'hommes aptes au combat les met sous les ordres de l'infanterie pour contrer l'avancée allemande. Ainsi plus de 6.000 fusiliers marins, reconnaissables à leur pompon rouge sur leur béret, pour beaucoup originaire de Bretagne, gagnent le front des Flandres.
11 fusiliers marins natifs ou domiciliés à Séné figurent parmi les victimes sur le front belge :
Joseph Marie Le MENACH : 25/03/1886 - 21/10/1914, 30 ans
Joseph Marie LE GODEC : 2/01/1885 - 27/10/1914, 29 ans
Joseph Marie CALONEC : 28/07/1890 - 7/11/1914, 24 ans
Jean Marie LE BOURVELEC : 7/01/1891 - 10/11/1914, 23 ans
Vincent Marie MOREL : 23/08/1888 - 12/11/1914, 26 ans
Louis Marie DANET : 1712/1892 - 14/11/1914, 22 ans.
Jean Marie MARION : 14/05/1890 - 18/11/1914, 24 ans
Pierre Marie CADERO : 23/06/1890 - 17/02/1915, 25 ans
Jean Marie Stanislas DANET : 21/01/1894 - 15/04/1915, 21 ans
Joseph Vincent Marie DARON 2/07/1892 - 1/06/1915, 23 ans
Jean Marie DANET : 27/12/1894 - 11/07/1916, 22 ans
Qui étaient-ils ? Comment ont-ils perdu leur vie dans les Flandres ?
Joseph Marie Le MENACH : 25/03/1886 - 21/10/1914, 30 ans.
Parmi ces fusiliers marins figure le soldat sinagot, Joseph Marie Le MENACH né le 25/03/1886 au village de Gornevez.
Le dénombrement de 1911 nous apprend qu'il est l'aîné des trois garçons de cette famille de cultivateurs qui emploie et loge au Gorneveze une jeune bergère.
A l'âge d'effectuer son service militaire, Joseph s'est s'engagé pour 5 ans comme en témoigne sa fiche de matricule. Il n'apparait pas dans les dénombrement de 1906 et 1911.
Dès la publication du Décret de Mobilisation le 1er août 1914, il abandonne son métier de boulanger et intègre en tant que soldat de 2° classe boulanger-coq le 1er Régiment de fusiliers marins.
Joseph Le Menach est "tué à l'ennemi" le 21/10/1914 à 7 heures du matin, à l'âge de 28 ans. Il a fait l'objet d'une citation à tire posthume :
Joseph Marie LE GODEC : 2/01/1885 - 27/10/1914
La fiche "Mémoire des Hommes" nous indique que Joseph Marie LE GODEC, appartient au 1er Régiments de Fusiliers Marins. Il est blessé sur le champs de bataille et décède à Rosendael, près de Dunquerke. Son extrait de naissance nous indique qu'il était natif de La Tour du Parc avec un père douanier. C'est sans doute au hasard des affectations de son père à Séné qu'il est devenue Sinagot.
Il avait épousé le 29/06/1913 à Toulon, Marie Brigitte SIMON. On peut supposer qu'il était engagé volontaire et qu'il réussit a devenir Quartier Maître Electricien aux armées.
Sa tombe figure à la Nécropole Nationale de Dunquerke n°943.
Joseph Marie CALONEC : 28/07/1890 - 7/11/1914
Joseph Marie CALONEC naît à Plumergat où son père est menuisier. La famille s'établira à Séné au village du Meniech car sur son acte de décès figure cette adresse pour son dernier domicile connu.
On peut supposer que son père était charpentier de marine à Séné là où tant de pêcheurs exerçaient..
La fiche de matricule ne renseigne en rien. Sa fiche d'inscrit maritime nous décrit son parcours de marin jusqu'à la mobilisation :
Il incorpore le 2° Régiment de Fusiliers Marins et il est blessé sur le front. Evacué et transportable, il est dirigé vers l'hôpital de Vernon dans l'Eure où il décède des suites de ses blessures à l'âge de 24 ans.
LE BOURVELEC Jean Marie : 7/01/1891 - 10/11/1914
Il nait au village de Langle à Séné le 7/01/1891 au sein d'une famille de pêcheurs.
L'école achevée, il choisit de devenir mousse comme beaucoup des enfants de la presqu'île de Langle. Sa fiche d'inscrit maritime nous permet de suivre ses affectations :
Lors de la mobilisation il rejoint le 3° Dépôt de Lorient et intègre le 2° Régiment de Fusiliers Marins comme matelot de 2° classe. Le 10/11/1914 il disparait lors des combats à Dixmude. Seul fusilier marin de Séné dont le nom n'est pas inscrit au monument aux morts de Séné mais de Vannes.
Vincent Marie MOREL : 23/08/1888 - 12/11/1914
Ce 1er régiment de fusiliers marins a également incorporé un autre marin sinagot en la personne de Vincent Marie MOREL natif du village de Canivarch.
Il intègre lui aussi le 1er Régiment de fusiliers marins en tant que matelot de 1er Classe. Sa fiche d'inscrit maritime nous retracce son parcours de mousse dès l'âge de 14 ans:
Il se marie le 17/06/1913 à Séné avec Marie Perrine DANET, ménagère à Canivach Lors de la mobilisation il rejoint le 3° dépôt des équipages à Lorient et incorpore le régiment de fusiliers marins.
Le 12 novembre le matelot MOREL décède des suites de ses blessures à Furnes près de Dixmude. Sa jeune femme apprendra à quelques jours d'intervalle la mort de son mari et de son frère Louis Marie DANET tous deux mort à Dixmude. Le corps du soldat MOREL est enterré dans le carré militaire du cimetière de Furnes.
Louis Marie DANET : 17/12/1892 - 14/11/1914, 22 ans.
Louis Marie DANET nait à Canivarch au sein d'une familled e pêcheurs.
Le dénombrement de 1911 montre bien la composition de la famille avec notamment la présence de sa soeur Marie Perrine qui épousera en 1913, le jeune MOREL.
Comme la plus part des jeunes de Séné issus d'une famille de marins ou de pêcheurs, il devient mousse à l^'age de 14 ans.
La fiche d'inscrit maritime indique bien ses dernières années professionnelles avant la mobilisation :
Louis Marie DANET disparait le 14 novembre 1914 à Dixmude.
Jean Marie MARION : 14/05/1890 - 18/11/1914
Triste bataille pour les soldats de Séné. Un autre enfant du pays, Jean Marie MARION décèdera à l'âge de 24 ans, le 18 novembre 1914 des "suites de ses blessures reçues à l'ennemi" à l'hôpital temporaire de Zuydcoote où il sera enterré dans nécropole nationale 'Zuydcoote' Carré 1 n°996.
Jean Marie MARION était né le 14 mai 1890 à Kerarden d'un père paludier journalier, (non propriétaire de la saline) comme l'indique son acte de naissance et le dénombrement de 1906.
Au dénombrement de 1911, Jean Marie n'apparait plus, il a débuté dans la marine comme jeune mousse.
Sa fiche d'Inscrit Maritime nous indique qu'il est mousse le 26/04/1902 à l'âge de 12 ans sur un bateau de cabotage "L'Arsène" pour une traversée Vannes l'Aber Wrach. Il est soutier le 9/02/1915 sur l'Oléron et matelot sur le chalutier "Père Gérard" en mai 1906, à seize ans. Il fera l'Ecole d'Apprenti Mécanicien entre 1910-1911. Il rejoint le 4° dépot et intègre le régiment de fusiliers marins le 17/08/1914.
Il décède à l'hôpital de Zuydcotte le 19 novembre 1914.
Pierre Marie CADERO : 23/06/1890 - 17/02/1915
Pierre Marie CADERO nait tout d'abord "Cléro" du nom de sa mère avant que son père pêcheur sans doute absent le jour de l'accouchement ne réconnaisse son fils. La famille a du quitter avant 1906 le village de Cadouarn car on ne la trouve pas au dénombrement.
Leur fils Pierre Marie lors de sa conscription réside à Vannes. A son décès son nom sera inscrit sur le monument aux mort de Vannes.
Comme d'autres il est mobilisé le 1er août 1904 et intègre le corps du 2° Régiment de Fusiliers marins en dae du 27/08/14. Il meurt "au champ d'Honneur" à Nieuport en Belgique le 17/02/1915.
Jean Marie Stanislas DANET : 21/01/1894 - 15/04/1915
Jean Marie Stanislas était du village de Canivarch; Sans doute que ce 3° prénom lui a été donné pour le distinguer des autres "Jean Marie DANET" vivants à Séné. Il est issu d'une famille de pêcheurs.
Le dénombrement de 1911 nous donne la composition du foyer :
Enfin sa fiche militaire nous indique les circonstances de sa mort au combat. Il fut d'abord blessé au combat et conduit à l'hopital sanatorium de Zuydcoote ou il décède le 15/04/1915.
Sa tombe est située à Zuydcoote au sein de la nécropole nationale. Carré, rang, tombe : Carré 1, tombe 559
Joseph Vincent Marie DARON 2/07/1892 - 1/06/1915
Au dénombrement de 1911, la famille Daron est déjà endeuillé par la mort du père, Mathurin Marie, natif de Baden et qui était marin de commerce. L'état civil nous indique que Mathurin décéda le 31/12/1905 laisant sa femme et ses trois enfants.
Sa veuve, autrefois "ménagère", c'est à dire "femme au foyer" a du endosser la responsabilité de "chef" de famille comme l'écrit le préposé sur le registre du dénombrement. Marie Françoise LE NEZET, native de Carnac, exerce le dur métier de pecheuse comme ses enfants, à commencer par son cadet, Louis Jean Marie, sa fille et son aîné Joseph Vincent.
Tous vivent de la pêche à Cadouarn. La fiche de matricule ne renseigne pas sur les états de service de Joseph Vincent. Sa fiche d'inscrit maritme nous livre un parcours assez fréquent pour des jeunes Sinagots issus de famille de pêcheurs :
Comme d'autres marins breton et sinagots, son métier de marin l'a conduit a intégrer les "pompons rouges" du 2° régiment de Fusiliers Marins qui pour palier le manque d'effectif dans l'armée de Terre, sera engagé au combat sur le front de l'Yser en Belgique.
En mai 1915. En ce premier printemps de guerre, la division belge de Namur (8ème, 10ème et 13ème de Ligne) d'une part, une division française occupant Nieuport d'autre part, avaient été chargées de s'emparer d'une ligne de positions s'étendant devant leur front. Cette ligne partait de la ferme «L'union », objectif français au Nord, pour aboutir à la ferme la «Violette» , objectif du 13ème de Ligne au Sud.
Pendant cette attaque, le 1er juin 1915, Joseph Vincent Marie DARON disaparait au combat.
Mme veuve Daron perd son fils ainée Joseph Vincent en juin 1915 et elle perdra son cadet Louis Jean Marie deux ans plus tard en juillet 1917 alors que son bateau est torpillé par un sous-marin. Il s'agira du plus jeune poilu de Séné mort à 17 ans et 7 mois. Lire article (Partie Sene 14-18 Marine).
Jean Marie DANET : 27/12/1894 - 11/07/1916
Jean Marie DANET est né au village de Langle le 27/12/1894 comme nous l'indique son extrait de naissance. Ses parents sont alors pêcheurs.
Le dénombrement de 1911 nous donne la composition de la famille : 2 filles et 2 garçons.
La fiche de matricule de Jean Marie DANET ne nous renseigne pas. Et pour cause il est inscrit maritime. Le service de documentation de la défense de Lorient conserve le parcours de marin de DANET. On y apprend qu'il devient mousse à l'âge de 14 sur le Marianne.
Par la suite il change de bateau pour occuper après la mobilisation le "Trois Frères". Il rejoint ensuite le 3° Dépot des équipages de Lorient et intègre le régiment de fusiliers marins.
Cette fiche d'inscrit maritime nous dit qu'ile st tué à Saint Georges en Belgique le 11/07/1916.
Son corps repose à la Nécropole Notre Dame de Lorette carré 49 rang 2 tombe n°9673.
Un monument à Dunkerque rend hommage a tous les fuciliers marins morts pendants la guerre de 14-18
Extrait de wikipedia : L'offensive Nivelle (avril-juin 1917)
La réputation tragique du Chemin des Dames vient de l'offensive imaginée et dirigée par le général Nivelle durant le printemps 1917. Cette bataille prend des noms différents selon les auteurs : offensive Nivelle, seconde bataille de l'Aisne ou bataille du Chemin des Dames. Cette offensive est un cruel échec pour les armées françaises : alors que Nivelle pensait que l'avancée serait foudroyante, Laon (située à une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau) devant être atteinte en fin de journée, le front allemand est à peine entamé. Pendant de nombreux mois, les armées allemandes et françaises se disputent le plateau.
Le bilan de l'offensive est difficile à établir. Les pertes françaises ont été souvent sous-évaluées en ne s'intéressant qu'aux pertes subies entre le 16 et 29 avril. Or, les combats se poursuivent jusque fin juin (prise de Craonne le 4 mai, prise de la Caverne du dragon le 25 juin). Il convient alors de regarder les pertes sur les mois d'avril, mai et juin. Lors des comités secrets réunissant les députés du 29 juin au 7 juillet, le député Favre estime les pertes à près de 200 000 hommes côté français au bout de deux mois d'offensives. Quant aux pertes allemandes, elles sont encore plus difficiles à évaluer.
C'est après cette grande tuerie que se développèrent dans l'armée française des mutineries, particulièrement fréquentes après le 16 avril 1917, et concentrées essentiellement sur le Chemin des Dames et le front de Champagne. La Chanson de Craonne, dont le nom fut donné lors des mutineries de 1917 (la musique était reprise d'une chanson d'avant la guerre), à la suite des pertes militaires, fait partie des répertoires antimilitariste et anarchiste, elle fut absente des ondes jusqu'en 1976.
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A la tête des armées françaises depuis le début de la guerre, le général Joffre est remplacé le 13 décembre 1916 par le général Robert Nivelle alors qu'il a préparé le plan d’une nouvelle offensive entre Soissons et Reims pour le début de l’année 1917. Reprenant en partie le plan de Joffre, Nivelle promet d’opérer une percée décisive sur le Chemin des Dames « en 24 ou 48 h». Plusieurs fois reportée, notamment suite au repli stratégique allemand sur la ligne Hindenburg (ou Siegfried), et même remise en cause (le 6 avril, Nivelle propose sa démission qui est refusée), l’offensive est finalement fixée au 16 avril à 6 heures du matin.
Elle fait suite aux accords entre Français et Britanniques, l’offensive française doit s’accompagner d’une offensive en Artois. Celle-ci a lieu les 9-12 avril 1917 par l’assaut réussi des Canadiens du Lieutenant-General Julian Byng sur la Crête de Vimy. Malheureusement, l’inertie du commandement britannique à lancer les réserves à temps à empêché ce beau succès tactique (et coûteux en hommes) de déboucher sur un succès stratégique, dès lors qu’Australiens et Britanniques ont butté sur les défenses allemandes de Bullecourt. Le 16 avril, Nivelle dispose de 1 200 000 hommes (49 divisions d’infanterie et cinq de cavalerie), 5 000 canons, 128 chars d’assaut, des centaines d’avions d’observation et de chasse pour attaquer un front de 40 km entre Soissons et Reims : placée en réserve, la Xe armée est chargée d’exploiter les succès des Ve et VIe armées qui doivent rompre le front. Pour la première fois du côté français, des chars d’assaut doivent être engagés.
Dans l’Aisne, une longue et intense préparation d’artillerie qui commence le 2 avril, compromet tout effet de surprise et surtout, ne détruit que très partiellement les défenses allemandes. Les fantassins français attaquent le 16 avril à 6 heures du matin.
Quand les premières vagues s’élancent à l’assaut du plateau du Chemin des Dames, elles se heurtent à des barbelés souvent intacts et elles sont fauchées par le feu des mitrailleuses allemandes. Le mauvais temps (pluie, neige et froid) n’est pas sans conséquences, en particulier dans les bataillons de tirailleurs sénégalais, des troupes en fait recrutées dans toute l’Afrique occidentale française, de Cotonou à Bamako et d’Abidjan à Tombouctou.
Malgré les difficultés, la première position est prise et la deuxième est entamée. Cependant, une fois les crêtes franchies, les fantassins, qui ne sont plus couverts par l’artillerie, sont arrêtés par les contre-attaques allemandes alors que les conditions climatiques se sont dégradées. À l’est, à Berry-au-Bac, les premiers chars français sont parvenus à percer les trois positions allemandes mais l’infanterie n’a pu suivre et les chars survivants sont contraints de se replier. Dès les premières heures, les hommes réalisent que l’offensive est un échec, avec des pertes importantes (30 000 tués et 100 000 blessés en 10 jours du 16 au 25 avril). Le désastre est amplifié par les insuffisances logistiques et un service de santé dépassé. Interrompue le 20 avril, l’offensive reprend le 4 mai avant d’être abandonnée le 15 mai. Le ministre de la Guerre Painlevé remplace alors Nivelle par Pétain.
Au cours de cette bataille 5 soldats natifs ou résidents à Séné y laissèrent leur vie. Qui étaient-ils et dans quelles circonstances ont-ils disparu?
Ange GUYOT : 18/01/1885 - 23/04/1917 - Courlandon - Régiment Colonial du Maroc
Joseph LE BRIS : 1/04/1898 - 30/03/1917 - Vauxaillon - 2° Classe 67° RI
Paul LE QUINTREC : 16/05/1885 - 5/05/1917 - Vauxaillon - 2° Classe 67° RI
Joseph MORIO : 8/08/1891 - 30/04/1917 - Berry Le Bac - Maréchal des Logis - 235° RA.
Joseph-Louis-Marie LE DUC : 16/05/1885 - 5/05/1917 - Ailles - Capitaine - 62° RI
Ange Félix Marie GUYOT : 18/01/1885 - 23/04/1917 - Courlandon - Régiment Colonial du Maroc
L'extrait d'état civil nou sindique que Angé GUYOT est né dans le village de Saint Laurent au sein d'une famille de cultivateurs.
Le dénombrement de 1906 nous précise que son père Julien Marie et son oncle Jean François sont tous les deux avec leur famille respective cultivateurs fermiers à Saint-Léonard.
Sa soeur Jeanne Marie épousera Alexandre Camenen, autre Poilu décédé pendant la guerre de tuberculose.
La fiche "Mémoire des Hommes" nous indique qu'il est retiré du front et amené à l'hopital de campagne de Courlandon dit "autochir" comme il en existe derrière la ligne de front où il décède le 23/04/1917.
La fiche de matricule nous livre d'autres informations sur le parcours de GUYOT qui aura été blessé par trois fois par balle au cours de la campagne d'Allemagne. Sa tombe porte le n° 3220 au sein de la Nécropole nationale La Maison Bleue de Cormicy (Marne).
Que sait-on sur la vie et le parcours militaire de Paul LE QUINTREC et de Joseph LE BRIS, soldats de 2° classe au 65°RI, morts tous les deux à Vauxaillon ?
Joseph LE BRIS est né à Gourin le 1er avril 1898 au sein d'une famille de cultvateurs installée au hameau de Kertudal.
Sa fiche de matricule nous indique qu'il a perdu ses parents dans sa jeunesse ce qui lui vaut la mention "enfant de l'assistance publique". Il déclare vivre à Séné comme ouvrier agricole. Cette précision permet d'éliminer les autres "Joseph Le Bris" repérés dans les bases de recherches. Les dénombrements de 1906 et 1911 et 1921 montrent que Séné avait une tradition d'accueil d'enfants de l'assistance.
Cette même fiche de matricule nous indique qu'il est engagé volontaire pour aller combattre. Il intègre le 65°RI le 9 février 1916. Il est tué par balle au combat à Vauxaillon le 30 mars 1917, la vaille des ses 20 ans.
Son corps est tout d'abord inhumé dans le cimetière de Berry le Bac et sera transféré après guerre dans la nécropole de Ambleny dite Le Bois Roger carré H tombe 103. Le nom de Joseph LE BRIS figure à Séné, commune où il était domicilié, et à Gourin, sa commune de naissance.
LE QUINTREC Paul est aussi incorporé au 65° Régiment d'Infanterie.
Le site "Mémoire des Hommes" nous a permis de l'identifier comme natif de Séné le 11/04/1899 au sein d'une famille établit au Poulfanc. Le père est charcutier et sa mère ménagère. On apprend également qu'il est mort au combat le 1/04/1917 quelques jours avant son 18° anniversaire. Au dénombrement de 1906, la famille n'apparait pas répertoriée à Séné. Les commerçants ont déménagé.
En 1920, il a été rédigé un historique du 65° Régiment d'Infanterie auquel appartiennent Joseph LE BRIS et Paul Le Quintrec. Il raconte les journée de mars-avril 1917.
"Le 27 mars, le 65ème qui cantonne à Sammeron, est enlevé en autos et débarque au sud de Soissons. Le 28 au soir, il prend position au nord-est de Terny-Sorny, deux bataillons en ligne (bataillon Ripault (1er) à droite, bataillon Rochemonteix (3e) à gauche) et un en réserve (bataillon Audran) aux carrières de Terny-Sorny. Les lignes allemandes bordent les têtes de ravins boisés au sud de Vauxaillon, passent par la cote 150 et les Aubes-Terres. Les nôtres en sont séparées par 800 mètres de plateau dénudé, sans abris ni couverts.
Le 30 (le 30 mars jour du décès de Le Bris) , l'ordre est donné d'enlever les avancées de la ligne Hindenbourg entre Vauxaillon et la sortie sud du tunnel. L'attaque est déclenchée à 19 heures, après une courte préparation d'artillerie.
Le bataillon Ripault, gêné dès le départ par les nombreuses mitrailleuses de Laffaux, qui prennent de flanc les unités d'attaque, progresse légèrement, mais doit s'arrêter par suite de lourdes pertes. (C'est là que Le bris est tué par balles).
Le bataillon de Rochemonteix, également accueilli par des feux violents de mitrailleuses qui balayent littéralement le plateau, voit, sa compagnie de droite décimée, tandis que la compagnie Gandin, à gauche, glisse par une manoeuvre hardie vers le nord et, dans une charge magnifique, s'empare de la cote 150, des Aubes-Terres et de la ferme d'Antioche.
Le 30 au soir, le bataillon Andran relève sur les positions conquises le bataillon de Rochemonteix, et le bataillon Ripault passe en réserve.
En pleine nuit, aussitôt la relève terminée, les compagnies de tête du bataillon Audran (compagnie Richard à droite, compagnie Redier à gauche) poussent des reconnaissances et, refoulant légèrement l'ennemi, réussissent, après une nuit de combat, à s'installer au plus près des positions de l'adversaire, évitant ainsi pour l'attaque prochaine la traversée du dangereux plateau.
Le 1er avril, à 10 heures, les compagnies bondissent de leurs trous hâtivement creusés. A 11 heures, nous bordons la voie ferrée entre la halte de Vauxaillon et l'éperon 100-140.
L'ennemi, surpris par la vigueur et la soudaineté de l'attaque, se défend avec énergie dans les carrières et dans les abatis; mais, habilement manoeuvré, il laisse entre nos mains 10 mitrailleuses et une soixantaine de prisonniers, dont 3 officiers.
Cette action, vivement menée, exécutée avec entrain, bravoure et intelligence, nous assurait la possession d'une solide base de départ pour l'offensive du 16 avril. Quelques jours plus tard, le régiment se voyait décerner une citation à l'ordre du corps d'armée. "
Ainsi ce 1er avril paul Le Quintrec est tué par un éclas d'obus. Cette vielle carte postale témoigne de l'atrocité des combat au village de Vauxaillon. Son corps rejoint al nécropole d'Amblemy tombe n°73.
Son nom figure au monument aux mort de Vannes sa commune de domiciliation ainsi qu'à la nécropole du Bois Roger à Amblemy.
Joseph MORIO : 8/08/1891 - 30/04/1917 - Berry Le Bac - Maréchal des Logis - 235° RA.
La fiche "Mémoire des Hommes" de Joseph Marie MORIO nous apprend qu'il est décédé des suites de ses blessures à l'hôpital de Cahors le 30/04/1917. Commennt situer le soldat Pierre Marie MORIO au coeur de cette offensive ? La fiche de matricule de Joseph Marie MORIO précise la date de sa blessure le 18/04/1917.
Sa fiche "Mémoire des Hommes" nous indique qu'il a intégré le 235° Régiment d'Artillerie de Campagne où il a le grade de maréchal des logis. En effet, sa fiche de matricule, ajoute qu'en tant qu'engagé volontaire le 25/08/1909, MORIO a transité par différents régiments d'artillerie...
Des recherches sur le 235° RAC nous livrent que le régiment était engagé dans l'Offensive Nivelle le 16/04/1917 du côté de Berry le Bac au nord de Reims.
Bléssé sur le front, il est évacué et amené dans un hôpital de province à Cahors dans le Lot, comme il y en a tant qui assurent à l'arrière du front le secours au soldats blessés ou malades. Cependant il décède le 30/04/1917 à l'âge de 26 ans. Son corps est inhumé au cimetière de Cahors où sa tombe est conservée :
Joseph Marie MORIO était né à Séné le 8/08/1891 où ses parents sont cultivateurs à Kerdavid, comme l'indique le dénombrement de 1911. 6 enfants et une bergère vivent dans cette famille de cultivateurs.
Marié à Vannes le 6/09/1913 avec Henriette Mathuurine LORGOUEC (?) c'est ce dernier domicile connu qui sera retenu pour inscrire le nom de ce Sinagot au monument au morts de Vannes.
Joseph-Louis-Marie LE DUC : 16/05/1885 - 5/05/1917 - Ailles - Capitaine au 62ème régiment d’infanterie
(recherches de Yannick ROME compétées)
Le père de Joseph LE DUC est employée par l'administration des douanes. Le hasard des affectation fait naître Joseph à Noyalo (Morbihan) le 16 mai 1885.
Son père, Mathurin Le Duc est affecté à Séné où il y prendra sa retraite avec son épouse Marie-Célestine Noblanc.
Les parents apparaissent au dénombrement de 1911 comme habitants à Séné.
Comme chaque militaire, Joseph LE DUC fait l'objet d'un signalement dans sa fiche de matricule qui récapitule aussi ses différentes affectations :
Engagé volontaire pour 3 ans le 14 octobre 1903. Caporal de 6 juin 1904
Sergent le 20 décembre 1904. Rengagé pour 4 ans le 26 mars 1906
Rengagé pour 2 ans le 13 octobre 1910. Rengagé pour 2 ans le 11 octobre 1912
Adjudant le 1er février 1914. Sous-lieutenant le 7 septembre 1914
Lieutenant à titre temporaire le 1er juin 1915. Sous-lieutenant à titre définitif le 26 décembre 1915
Lieutenant à titre définitif le 4 avril 1916. Capitaine à titre temporaire le 27 mars 1916
Blessé le 3 décembre 1916 secteur de Vaux Damloup (Meuse)
Cité à l’ordre du régiment le 10 avril 1915 :
« S’est signalé en toutes circonstances par son sang-froid et son brillant courage. Le Duc Joseph, lieutenant à TT au 62e régiment d’infanterie, officier d’une énergie sans égale, a donné constamment des preuves de sa bravoure depuis le début de la campagne. S’est encore fait remarquer le 25 septembre 1915 à l’assaut des tranchées allemandes en conduisant remarquablement sa compagnie dont tous les officiers avaient été mis hors de combat. »
Ordre de l’armée du 21 octobre 1915 :
« Le lieutenant à titre temporaire Le Duc Joseph-Louis du 62e régiment d’infanterie a pris le commandement de son bataillon dans des circonstances difficiles et, le 6 octobre, a repoussé deux violentes contre-attaques de l’ennemi en infligeant à ce dernier de grandes pertes. »
Le 17 avril 1916 :
« Est resté pendant plusieurs heures avec ses chefs de section dans la tranchée exposée aux plus violents bombardements afin d’être prêt à recevoir l’attaque ennemie. A fait ce qui était humainement possible pour résister à cette attaque. Voyant sa compagnie tournée, a réussi, grâce à son énergie, à échapper à l’ennemi ce qui leur a permis de donner l’alarme, aucune liaison n’existant plus. »
Ordre n° 479 de la VIe armée :
Mai 1917 :
Extrait de la revue du Conseil Général de l'Aisne "La Lettre du Chemin des Dames" été 2010.
"Le régiment (de Joseph LE DUC) monte en ligne sur le Chemin des Dames à la fin du mois d’avril 1917 dans le secteur d’Ailles, où il conduit, le 5 mai, une attaque visant « à s’emparer du plateau et à pousser des unités jusqu’à Ailles (commune) et l’Ailette (rivière) ». Il est encadré à droite par le 19e et à gauche par le 65e. L’attaque « s’exécute d’abord dans de bonnes conditions ». A la nuit tombée, cependant, le 62e RI est ramené dans ses lignes de départ. Il a constitué une quarantaine de prisonniers, mais ses pertes s’élèvent à 900 hommes dont un grand nombre d’officiers. Au dessus de la Creute des Saxons a été livré un combat extrêmement vif, précise l’historique du régiment.
Relevé le 7 mai, le 62e s’abrite dans « les creutes de Champagne » puis participe à nouveau aux combats, les 14 et 15 mai, avant d’être relevé du secteur du Chemin des Dames, le 18 mai. Au repos dans la Somme jusqu’au 23 juin, il reçoit en renfort 800 à 900 hommes « qui assurent son recomplètement en effectifs ».
Extrait du livre "Les Morbihannais dans la guerre 14-18" Edité par les Archives du Morbihan, page156.
"Quelques jours plus tard, le 5 mai, aux côtés des 19° et 65° RI, le 62°RI se porte à l'attaque, près de la Caverne du Dragon (Aisne). Le 62°RI "a l'ordre de s'emparer de tout le plateau et de pousser des unités jusqu'à Ailles et l'Ailette (rivière). S'ensuivent de très violents combats qui durent près de deux jours. Le régiment laisse derrière lui 900 soldats hors de combats. Parmi le smorts, on déplore le Lorientais Emilien Palaric, âgé de 22 ans, un des plus jeunes capitaines de France ".
Le capitaine, Joseph Pierre Marie LE DUC décède devant Ailles (Aisne) le 5 mai 1917. La commune de Aiiles étant complètement détruite par la guerre, le territoire sera rattaché à sa commune voisine pour créer la commune de Chermizy-Ailles. Le matricule de Le Duc indique que son corps fut nhumé au cimetière militaire de Largnan (Aisne).
Commune de Soupir détruite en mai 1917.
En août 1914, les Allemands envahissent le territoire belge et se dirigent vers la France. La Belgique inflige de nombreuses défaites aux troupes allemandes. L’affront est d’autant mal perçu qu’il est considéré comme servant la France. Les représailles sont violentes. Les troupes françaises défendent les frontières franco-belges et franco-allemandes, c’est « la bataille des frontières ». Les soldats français sont envoyés dans différentes zones de combats : en Haute-Alsace, dans les Vosges, les plateaux lorrains, le sillon Sambre-et-Meuse et dans les Ardennes belges.
Le 22 août 1914 est considéré comme le jour le plus sanglant de l’histoire de l’Armée française. En une seule journée, lors d’une série de combats livrés de Charleroi au confins du Luxembourg, quelque 25 000 hommes sont tués, des dizaines de milliers d’autres blessés et/ou capturés.
Les régiments bretons sont, comme les autres, pris dans ce tourbillon tragique notamment au cours des combats livrés ce jour-là par quelques-uns d’entre eux : la bataille de Rossignol, au cours duquel la 3e DIC (Brest) est presque anéantie ; la bataille de Maissin (en Belgique), livrée entre autres par la 22e DI (Quimper) dont dépendent les 19e RI et 118e RI, les deux régiments d’active du Finistère.
lire également le pdf ci-joint.
Nos soldats ne sont pas encore appelés "poilus" et leur uniforme est trop visible pour les mitrailleuses allemandes ..
Parmi les morts de cette terrible journée, on compte deux Sinagots, Albert MONFORT né à Séné et Lucien TIPHAIGNE dont le dernier domicile est à Séné. Tous deux ont leur noms gravés sur le monument aux morts de Séné. Il s'agit des deux "premiers" "Morts pour la France habitants à Séné.
Albert Pierre Marie MONFORT : 24/04/1892 - 22/08/1914
Albert Montfort est né à Gouavert en Séné le 24 avril 1892. Son père, Pierre Marie, est cultivateur, sa mère se nomme Jeanne Marie Le Ray. Le "dénombrement" de 1911 nous indique qu'il est le 4° garçon d'une famille de cultivateurs.
Sa fiche de matricule nous informe que depuis le 8 octobre 1913, Albert, accomplit son service militaire comme soldat de 2° classe au 118e régiment d’infanterie basé à Quimper.
Sa fiche de matricule ajoute une description du jeune soldat : il mesure alors 1,69 m. Il a les cheveux châtains, les yeux bruns, le front vertical, le nez fort et le visage ovale. Il porte une cicatrice sur le sourcil gauche. Comme tous les appelés effectuant leur service militaire, il fait parti des premiers soldats à être envoyés au front. Il est déclaré parti à la guerre le 8 août 1914 soit 5 jours après la déclaration de guerre de l'Allemagne.
Dans les Ardennes belges, les ostilités opposent Allemands et Français à Maissin. Le 118° régiment d'infanterie de Quimper auquel appartient Albert MONFORT est au avants-postes comme nous le relate l'historique du régiment :
"Le 22 août, le 118°RI quitte Auby, à 4h45 et entre dans la colonne formée par la division à Bellevaux, à 8h30.
Le 19° RI constitue l’infanterie de l’avant-garde de la division. Le 118°RI, tête du gros de la colonne, atteint la voie ferrée de Paliseul, à 10h30. Coupé par des éléments de la 21°DI, il arrête sa marche, qu’il reprend qu’à 11 heures et passa à midi à Paliseul, marchant sur Maissin. Malgré la forte chaleur, la longueur de l’étape, le peu de nourriture pris en cours de route, les moral est excellent. Les renseignement communiquées sont les suivants : « Une colonne ennemie se dirige de Tronquoy (au nord de Neufchâteau) vers le N.O. : attaquer l’ennemi partout où on le rencontrera, le XI CA marche sur Maissin, qui n’est pas occupé. »
Après avoir dépassé Paliseul, d’environ 2 km, nous commençons à entendre la fusillade et peu après nous rencontrons des chevaux et des cavaliers blessés qui se portaient en arrière.
A 12h15 le 1er bataillon (Doucet) reçoit l’ordre d’aller s’installer en flanc-garde aux lisières N.E. et est du massif de Franc-Bois, et le 3° bataillon (Hanquelle) d’aller occuper la crête 405 (1.500 m S.E. de Maissin) pour surveiller les directions d’Anloy-Villance.
Le 2° bataillon (Bouvier) est envoyé vers la ferme de la « Réunion des Labourteur » 300 m O de la grande route), e, soutien du 19°RI qui est arrêté par des feux violents, à la sortie de Maissin. Le combat s’engage, c’est le baptême du feu.
Les Boches sont retranchés là depuis plusieurs jours, dans les bois, les champs d’avoine et les champs de blé, Les bataillons se déploient et progressent sous une grêle de balles.
Dans un élan magnifique, les officiers sabre au clair, les soldats, baïonnette au canon, se portent à l’assaut des forces ennemies, fortement défendues par des fils de fer et de nombreuses mitrailleuses.
Le 19°RI criblé de projectiles, a subi de grosses pertes et ne peut dépasser la ferme de Bellevue. L’uniforme grisâtre de l’ennemie est tellement invisible que l’on ne se rend pas compte des points d’où partent les coups. Une batterie du 35° qui, dès le début de l’action, est venue appuyer le 19°RI, a déjà perdu la plus grande partie de son effectif et ne peut tirer un coup de canon sans être aussitôt criblée d’obus.
Le 116°RI, puis le 62° et enfin le 337° viennent successivement nous renforcer et par bonds successifs, nous pouvons gagner du terrain et nous rapprocher de l’ennemi.
Pendant ce temps, une autre batterie d’artillerie prend position à l’ouest de Bellevue, à l’abri d’une crête, à 1.200 m environ des tranchées ennemies et, en très peu de temps, elle règle son tir et exécute un feu violent sur les tranchées d’où sort bientôt l’ennemi en fuite.
Aussitôt, toute le ligne charge à la baïonnette et les Allemands abandonnent leurs tranchées et el village en y laissant de nombreux morts et blessés.
Il est environ 16 heures, nous sommes maîtres de Maissin et des ses abords. Mais peu de temps après, nous recevons des nombreux projectiles sur notre flanc droit. Quelques fractions reformées en toute hâte font face à l’ennemi de ce côté et ouvrent immédiatement le feu.
L’ennemi contenu devant la ferme de Bellevue, où se trouvent de nombreux blessés riposte avec violence, en battant principalement l’entrée de la ferme pendant que d’autres fractions continuent à gagner du terrain vers Paliseul.
A 17H30, l’ordre de se replier est donné. La retraite s’exécute à travers bois, sur Paliseul. Les lisières N. et N.E. du village sont organisées, des tranchées y sont creusés et, garnies de tirailleurs. On y passe la nuit, le Boche ne poursuit pas.
Au cours de cette journée du 22 août 1914, le 118°RI perd 1.100 hommes, soit le tiers de ses effectifs. Ce même 22 août 1914, le soldat Montfort disparaît à Maissin. Il était célibataire et âgé de 22 ans. Son décès est fixé au 22 août 1914 par jugement déclaratif de décès rendu le 14 décembre 1920 par le tribunal de Vannes.
La famille sera à nouveau endeuillé par la perte de son frère Louis François Marie le 16/06/1915 sur le front dans l'Oise.
Lucien TIPHAIGNE :17/01/1893 - 22/08/1914
L'acte de décès au registre d'état civil de Séné nous indique que Lucien TIPHAIGNE a élu domicile à Séné mais est natif de Paris 18°. Quel alea de sa vie l'aura conduit à Séné ?
Sa fiche de matricule des archives de Paris nous indique qu'il réside à Paris comme ses parents, qu'il est employé de banque. Quel liens a-t-il avec Séné ?
La recherche dans les archives en ligne de la ville de Paris nous précise les circonstances de sa naissance.
Tiphaigne Lucien est né en 1893 à Paris mais il n'a été reconnu par sa mère (née ROLET) qu'en 1902 et ensuite par son père Mathurin Louis qu'en 1913.
On retrouve trace au dénombrement de 1911 de sa grand-mère Marie Vincente Le Franc et de sa tante Anne Marie Amélie toutes deux vivant à Séné.
La consultation du dénombrement de 1911 indique une dénommée Marie Tiphaigne née en 1860. Les tables décennales et les actes de naissance permettent de préciser la généalogie de Lucien Tiphaigne. Il avait pour cousin Louis Rolland.
Quels rapport entretenait-il avec ses parents ? Etaient-ils décédés avant 1914 et s'est-il domicilié chez sa grand-mère Le Franc ?
Depuis la mobilisation il a intégré le 132°Régiment d'Infanterie. Sa fiche "mémoire des Hommes" nous indique qu'il est disparu au combat à Doncourt le 22/08/1914.
L'historique sommaire réalisé du 132° RI nous relate les premières semaines de combats.
"Le régiment quitte sa garnison de Reims, le 31 juillet au matin, comme troupes de couverture, sous les ordres du Colonel Gramat. Débarqué à St Mihiel, il stationne dans la trouée de Spada à Heudicourt-Nonsard-Creuë jusqu’au 10 août. Pendant ce temps, sous la protection des bataillons de Chasseurs en avant-postes, le régiment organise défensivement les Hauts de Meuse.
Devant l’offensive allemande, par la Belgique, il marche sur le Luxembourg par Fresnes-en-Woevre, Etain, Longwy. Le 22 août, première rencontre avec l’ennemi à la sortie de Beuveilles, où il tient les Boches en respect toute la journée. Mais le soir il faut céder devant le nombre et, suivant les ordres de retraite, il se retire sur la Meuse tout en combattant et en disputant le terrain lambeau par lambeau."
Lucien TIPHAIGNE est donc dans les parages de Beuveilles département de la Meuse comme l'indique cette carte. Il décède lors de la retraite de son régiment poursuivit par les troupes allemandes supérieures en nombre et mitrailleuses.
La nécropole de Maissin :
Comme celle de Albert Monfort, les dépouilles des soldats tombés ce jour-là à Maissin n’ont pas toutes été identifiées, loin s’en faut. Afin qu’ils puissent reposer en paix, loin de leur terre natale, il est décidé de déplacer un calvaire breton dans le cimetière belge où se trouvent leurs sépultures communes ou individuelles. C’est celui de Ty Ruz au Tréhou qui a été choisi. Une cérémonie d’« Adieu au Calvaire » s’est déroulée en grande pompe le 3 avril 1932 en présence de nombreux élus, de l’abbé Boëtté, aumonier du 19e RI. L’inauguration a lieu le 21 août 1932 en présence de M. Le Gorgeu, Sénateur-Maire de la Ville de Brest, de Monseigneur Duparc, évêque de Quimper, des autorités civiles et militaires et de nombreux Bretons.
L’Amicale du 19e RI est alors très active sous l’impulsion de son président Pierre Massé et les commémorations sont suivies par grande nombre de Bretons pendant des décennies.
Une inscription est visible sur une pierre tombale à l’entrée du cimetière : « Ce calvaire breton du XVIe siècle provenant de la commune du Tréhou (Finistère), a été érigé dans ce cimetière en l’an 1932 pour veiller sur le dernier sommeil des soldats bretons et vendéens du XIe Corps d’Armée tombés les 22 et 23 août 1914 au combat de Maissin.»
La nécropole de Maissin est située en Belgique, dans la province de Luxembourg, à 45 km au nord-est de Sedan, dans l'actuelle communauté de communes de Paliseul.
Elle occupe une superficie de 5 040 m2. Un calvaire breton du XVIe siècle, une stèle commémorative aux morts du IIe Corps d'Armée (C.A.), et une borne dédiée à Pierre Massé en forme le mobilier.
Ce lieu de mémoire est la dernière demeure de 4 782 de combattants morts en août 1914. Ce cimetière militaire abrite les corps de 282 Français et de 513 Allemands, réparties en tombes individuelles.
3 001 autres soldats français sont répartis en deux ossuaires ; 643 Français et 343 Allemands occupent un ossuaire mixte.
L'Origine du cimetière
Dès le 24 août 1914, après la retraite du IIe C.A. français, l'armée impériale allemande procéda aux ensevelissements des centaines de morts restés sur le champ de bataille. L'inhumation des cadavres français et allemands dura une dizaine de jours. Plus de 500 civils belges réquisitionnés dans les villages voisins participèrent à l'enlèvement des corps et à leur enterrement. Sur la route de Transinne, au "Courtil", on creusa des fosses pour 30 hommes. A cet endroit, plus de 2 000 morts furent enterrés ainsi qu'au "Baulet", à proximité de la route de Lesse. Durant la guerre, les autorités d'occupation allemande (Gouvernement général impérial de la Belgique du Général von Bissing) aménagea toutes ces nécropoles des combats d'août 1914.
Des cérémonies d'inauguration s'y déroulèrent en présence de hautes personnalités militaires.
Maissin rassemble les corps français ou allemands dans trois grandes nécropoles :
- le cimetière n° l sur la route de Transinne
- les cimetières n° 2 et n° 3 sur la route de Lesse, où furent réinhumés les combattants des fosses alentours en tombes individuelles et en ossuaire.
Le calvaire breton du XVIème siècle, ramené de la commune du Trëhou, Finistère, se dressa dans l'enceinte du cimetière n° 2 pour commémorer le sacrifice des Bretons du IIe corps. Il fut inauguré en août 1932 à l'occasion du 18ème anniversaire de la bataille. Lors des travaux de réfection de ce cimetière, les restes mortels furent exhumés des petites nécropoles désaffectées les plus proches : 382 soldats allemands et 46 français provenant des cimetières de Maissin, d'Ochamps et d'Orgéo y furent ré-inhumés
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LES NOMS DES RUES A SENE
L’étude du plan 2014 de la ville et de la liste officielle en date du 15-12-2015, (voir pdf ci-joint), complétée par celle des derniers procès-verbaux des Conseils Municipaux de Séné, montre environ 360 noms pour des rues, des allées, des impasses ou des routes sur notre commune. C’est un peu plus que la base nationale de La Poste qui répertorie les adresses et peu au regard des 1500 noms répertoriés par le Ministère des Finances dans la base Fantor (parcelles, lotissement, voirie etc..).
Ces bases ne prennent pas en compte les nombreux chemins de randonnées, chemins agricoles et sentiers côtiers que comptent notre commune et encore moins les digues et ponts. Des panonceaux guident les promeneurs, faut-il nommer cette voirie champêtre et cotière?
Le classement par type de voirie, telle qu'elle apparait dans le plan de la ville, révèle majoritairement 152 rues à Séné. La ville compte également 76 impasses qui montrent que l’urbanisme à Séné privilégie les voies sans issue pour assurer le calme aux riverains, comme les 62 allées plus étroites que des rues.
Le plan de la ville indique des ronds-points. Les plus importants sont paysagés. D'autres sont aménagés pour évoquer un aspect du patrimoine de Séné. Ainsi le rond-point d'Alsace au Poulfanc avec ces cigognes, rappelle le jumelage avec la ville de Gelpolsheim; celui de Kerfontaine évoque le jumelage avec Donegal et Ballyshannon et celui de Kercourse fait écho à l'hippodrome. Ces embellissements pourraient être étendus au rond-point de Bézidel, de Kergrippe ou de Cantizac. Notre patrimoine regorge de thèmes : les moulins, la pêche, l'ostréiculture, la culture du choux. D'autres sont uniquement matérialisés au sol par un pavement particulier afin de ménager la visibilité et la manoeuvre des camions. Les giratoires mineurs ne sont signalés que par de la peinture au sol ou une plaque en fonte rouge.
Séné n’est encore qu’une petite ville qui ne compte que 6 avenues dont celles François Mitterrand, de Geispolsheim, des Sinagots au Poulfanc et de Penhouët, de Coffornic et de Donegal au bourg. On peut s’interroger sur la pertinence du choix d’un échassier pour l’avenue des Spatules à Limur ? Le nom d’une personnalité serait plus à propos pour cette axe le jour où il sera enfin ouvert sur sa totalité et reliera la rue de Limur au rond-point de Bezidel.
Et pourquoi pas Michel ROCARD [1930-2016]. L'ancien Premier Ministre de François Mitterand est décédé en 2016 et aimait à venir se ressourcer à Moustérian comme le témoigne cette video du 16-08-1979 sous fond du Golfe du Morbihan...
De même, la « rue » Cousteau, la rue des Ecoles, la Rue de Cantizac-Bélair, la rue du Goah Ver, ne sont-elles pas au format d’avenues?
Notons une seule « ruelle », la Ruelle du Recteur près de l’église et aucun « boulevard ». Enfin, un seul « quai », [Quai des Morgates à Port-Anna] un seul « espace », [Espace Albert Tollance à Barrarach],]une seule esplanade [Esplanade Julien MARTIN à Port-Anna] et un seul passage [Passage de Kerfontaine] (pas celui de Saint-Armel), aux côtés de 13 places, dont la plus spacieuse est la Place du Général de Gaulle.
16 chemins et 18 routes soulignent le caractère « étalé et rural» de notre commune. On ne s’étonnera pas de savoir que le tiercé des voies les plus longues sont la « Route du Prato » (2.076 m), la « Route de Brouel » (1.930 m) et la « Route de Nantes » (1.768m). Cette dernière, qui n’est plus une « route » mais aujourd’hui une vraie avenue dans le quartier du Poulfanc, mériterait un nouveau nom….
On peut porter également un autre regard sur ces dénominations une fois la voirie classée par famille. Sur 360 noms, on dénombre 118 lieu-dits, inspirés du nom des parcelles du cadastre (noms français ou bretons vannetais), 108 noms inspirés des sciences naturelles (biotope, botanique, zoologie, équitation), 80 noms de personnages historiques ou de personnalités, 37 noms en lien avec la mer (terme de marine, marins, navigateurs, bateau), 31 noms de lieu géographique (ville, région, île), et 2 dates historiques. Une douzaines de "divers".
On nomme souvent la voirie à la faveur de programmes immobiliers. Par souci de l'unité de lieu, pour éviter des débats épiques en Conseil Municipal et par méconaissance de leur histoire locale, on décide malheureusement trop souvent de noms sans réelle portée patrimoniale.
Ainsi ces dernières années, les noms désignant des biotopes (rue de la Mare, de l'Etang, de la Chesnaie...) préexistants à Séné, ont été enrichis de 45 noms ayant trait à la botanique dont une « Impasse des Cynelles », autre nom vernaculaire du prunellier. Fallait savoir ! d’autant que cela fait redondance avec l’Allée des Prunelliers. On ne s'étonnera de la présence d'une Allée de la Vigne. Oui, il y a eu un temps de la vigne à Séné! La flore maritime est représentée avec une rue des Algues et des Salicornes mais point de rue pour la plante aquatique la plus importante dans le Golfe du Morbihan, la zoostère,. Les champignons s'en sortent avec une rue des Chanterelles. Parmi le grand nombre de noms de fleurs, l'orchidée, fleur emblématique de nos prairies à Séné est citée. Cette richesse « végétale » fait sans doute en rapport avec la Réserve de Falguérec ?
Cependant, cette voirie "végétalisée" comporte quelques incongruités pour le botaniste ou l'historien. Ainsi Séné compte plusieurs mentions d'espèces végétales, sorties tout droit d'un catalogue de jardinerie et sans lien avec notre commune, comme par exemple une rue des forsythia ou de l'eucalyptus!
On ne s’étonnera pas non plus que la « zoologie » soit également bien présente avec 41 citations. Le naturaliste notera que si on ne retient pas les termes d'équitation, aucune voie à Séné n'honore les mammifères pourtant présents sur le territoire communal ou le Parc Naturel du Golfe du Morbihan!
Il en est de même pour les poissons, qui furent longtemps la diète principale des familles sinagotes. Certes on trouverait grotesque d'habiter "rue du Bar" ou "Impasse du Mulet" mais "Allée de l'Hippocampe", animal fétiche du Parc Naturel du Golfe du Morbihan aurait du sens. On sait que notre commune compte avec de nombreuses zones humides (mouillères, mares et étang), et le quartier de la Grenouillère nous rappellent l'importance des batraciens, illustrés par la rue des Rainettes et la rue des Reinoilles. La morgate, doit être un rare mollusque cephalopode à avoir donné en France le nom d'une voie. Les huîtres s'en plaignent-elles? Les insectes sont représentés avec une Allée des Abeilles, des Libellules, des Papillons et une Allée des Coccinelles. Les moustiques si célèbres à Séné sont-ils piqués au vif par cet oubli?
Parmi ces noms d’animaux, 33 noms d’oiseaux... oiseaux des champs, oiseaux des mers et oiseaux des marais, tous très polis et pas tous très mélodieux. Mais aucun rapace à Séné! Rémy Basque y est-il pour quelque chose ?
Attention, on ne confondra pas la « Rue des Chevaliers » avec la « Rue des Cavaliers », laquelle nous rappelle la présence d’un hippodrome à Séné et ses turfistes. Parmi ces rues « équestres » le "clos d’Enghien", la "rue d’Autueil", l'impasse de l'Etrier, la rue "Er Gazek" (la jument) ou la rue "Ar Mar’ch" (le cheval)…
Bien sûr, Séné se rappelle de son littoral et de son passé maritime : 43 noms sont en rapport avec la mer et les marins ou navigateurs n’ont pas été oubliés : Tabarly, Colomb, Magellan, Jean Bart, Jacques Cartier, Surcouf, Charcot, Dumont d’Urville, Paul-Emile Victor, Cousteau. Et la toute dernière Florence Arthaud au décès dramatique!
Notre commune arbore aussi des noms de rue portant celui d’un type de bateau, en premier lieu le Sinagot qui a son avenue, mais également le Galion, le Forban, la Frégate, la Bisquine ou le Thonier.
Chose plus rare, des rues portent le « vrai » nom de bateaux, comme "Fleur de Mai" ou de Sinagots : rue des « Trois Frères », rue de « Joli Vent », rue « Jean et Jeanne », rue « Petit Vincent », rue « Vainqueur des Jaloux »….
Le Sinagot vaut à Séné une certaine renommée en Bretagne comme le montre le nombre de voie portant cette dénomination.
Les derniers bateaux retenus pour baptiser une voie ont été deux bâtiments de l'équipe Cousteau, la célèbre Calypso pour la rue en face le Collège Cousteau et L'Alcyone à quelques pas du collège.
Les noms de lieux-dits sont bien sûr très représentés avec 115 citations qu’ils soient religieux ou profanes, en français ou bien en breton. Leur étymologie est en partie expliquée dans le livre de Camille Rolando, Séné d’Hier et d’Aujourd’hui ». Avis aux bretonnants!
Ne cherchez pas d’origine bretonne à « l’Impase de Men Goût Cho » une bizarrerie du promoteur de l'époque semble-t-il que l'on pourrait rebaptiser !
Parmi ces noms locaux, on se souvient de la présence de moulins sur notre commune. Ainsi la rue du Moulin sur la presqu’île nous rappelle l’ancien moulin à vent de Cadouarn ou encore à Kercourse la rue du « Clos Melin » et de « Er Meliner » célèbrent le moulin de Cano aujourd’hui disparu. (Lire l'histoire des moulins et de celui de Cantizac)
La géographie a droit de cité (31 fois) également avec des noms de régions ou de villes. Qui se souvient de la mobilisation de Séné pour sauver le village roumain de FLORESTI que le dictateur Ceausescu voulait détruire en 1989 ? Bien sûr, le Golfe du Morbihan n’est pas oublié. Il a «sa rue » comme 11 îles de la petite mer.
Même si les personnalités politiques renvoient à une page de notre histoire, seulement 2 rues l’évoquent directement : la rue du 19 mars 1962 rappelle aux Sinagots la fin de la Guerre d'Algérie et la rue de Castiglione, pourrait avoir été choisie en mémoire de la victoire des troupes révolutionnaires de Bonaparte en Italie, le 5 Août 1796, illustrée ici par un tableau de Victor ADAM en 1836. [à vérifier?]
Très peu de métiers ont été repris pour baptiser une voie. Séné compte avec un rue de l'Abreuvoir, une rue de l'Artisanat, une rue des Maraîchers et une rue du Clos des Puisatiers mais aucune rue en lien avec la culture des choux à Séné. On a bien une impasse des Matelots et curieusement une impasse des Mariniers à Green Village. Aurait-on confondu mariniers, et passeurs? Une rue Jean Marie LE GUIL existe bien ...mais à Vannes! On compte bien une rue des Salines, unique mention en rapport avec nos anciens marais salants. Les paludiers et paludières ou encore les douaniers n'ont pas lieu de citer. D'autres professions emblématiques de Séné n'ont pas encore fait l'objet de noms de rue. On citera les ostréiculteurs et ostréicultrices, les pêcheurs et pecheuses, les calfats, les couturières, les transporteurs routiers, les forgerons, les maîtres de cabotages,...
Pour les élus, nommer une rue est souvent un acte politique laissé à la postérité, qui exprime des valeurs partagées par tous, comme Place de La Fraternité, Rue des Ecoles, Allée du Souvenir, Rue des Droits de l'Enfant ou des valeurs indirectes portées par des personnalités.
Ainsi Séné compte 50 noms de personnes donnés à une voie, dont 11 navigateurs (voir ci-dessus). Il faut signaler le « caractère pacifique de Séné » qui a retenu par 9 fois le nom d’un Prix Nobel de la Paix, dont un étranger et il manquerait à cette liste des Prix Nobel de la Paix français; Paul Henri BALLUET.
QUIZZ: identifiez vous les Prix Nobel de la Paix ? Lequel n'est pas un Français? Réponse en bas du texte
Un seul maire a sa rue à Séné….et l’heureux élu est Marcel GEISTEL qui fut maire de Geispolsheim de 1983 à 1995. Cette ville nous fait l’honneur d’avoir une « rue de Séné » comme il existe également une « Séné Lane » à Donegal, autre ville jumelée à Séné.
Comme le révèle le cadastre napoléonien, il y avait à Vannes une « rue de Séné », aujourd’hui, la rue Monseigneur Tréhiou. En effet, jusqu'à l'élargissement de la digue du Moulin De Cantzac, l'itinéraire pour gagner Séné passait par Kernipitur et sa croix puis le Pont d'Argent.
Parmi les célébrités « techniques » notez 2 aviateurs, Jean MERMOZ et Marie MARVINGT et le double prix Nobel de chimie et de physique, Marie SKLODOWSKA-CURIE.
Parmi les habitants de Séné retenus, signalons les frères Jean et Roger LE GREGAM, martyrisés par les Allemands le 18 juillet 1944 à Botsegalo sur la commune de Grand-Champ, la résistante Marie BENOIT et le charpentier de marine, Julien MARTIN.
Parmi les Bretons moins connus, citons le résistant et capitaine Jean KERVICHE de Saint-Armel, qui fut à l’origine du centre de vacances éponyme à Mousterian.
L'origine du nom de la rue du Bois de Lisa pourrait venir du déminutif de Marie Elisabeth Louise BOURGEOIS, soeur de Noël BOURGEOIS qui fit construire le château de Limur et épouse de Joseph Marie CHANU de Kerheden [23/12/1661 Guérande - 19/02/1709].
La liste des personnailtés locales est bien courte! Wiki-séné dresse le portrait de nombreuses personnalités locales d'intérêt...
Ces dernières années, des noms de femmes sont venues enrichir la dénomination des rues. On citera la romancière Marie Le FRANC, Marion du FAOUET ou encore le professeur de médecine Marie-Louise CHEVREL qui ont rejoint l'écrivain Marguerite YOURCENAR, la militante de droits civiques aux USA, Rosa PARKS et l'exploratrice Alexandra DAVID-NEEL.
Le 24 septembre 2004, le Conseil Municipal de Séné choisit d'honorer Ernestine MORICE née MOREL [1909-1999] en baptisant une allée au Poulfanc, loin de sa demeure et de la presqu'île de Langle où elle a toujours vécu. Ce même jour étaient actées deux nouvelles voies dans le nouveau quartier au Poulfanc, Allée Simone VEIL née Jacob [1927-2017] et Allée Florence ARTHAUD [1957-2015].
Dans le village de Bézidel qui s'urbanise, il a été acté de nouvelles rues. La voie de raccordement sur l’entrée Sud de l’avenue des Spatules, en l'honneur de la résistante Lucie AUBRAC (1912-2007) née Bernard. La voie 2 en raccordement sur l’accès Nord de la rue des Spatules en mémoire de la déportée Marceline LORIDAN IVENS (1919-2018) née Rozemberg. La voie 3 en raccordement sur la rue Lucie AUBRAC, en l'honneur de la résitante Germaine TILLION (1907-2008).
Dans le quartier de Limur deux nouvelles voies ont été nommées. La voie 1 en raccordement sur la rue de Limur, en mémoire de la résistante du réseau Overcloud, Yvonne LE TAC (1882 – 1957)née Manière.
Au sein du réseau Overcloud, figurait également la résitante sinagote Marie Augustine LE BRUN née à Bézidel [1919 Séné - 2006 Vannes], étrangement oubliée...
La voie 2 en raccordement sur La rue Yvonne LE TAC, fut nommée du nom de Agnès DE LA BARRE DE NANTEUIL (1922 – 1944), déportée pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Etrangement, on a oublié que Louis ENIZAN [1926-1945], "Mort pour la France" et sa soeur Anne Marie ENIZAN [1922-1945] "Morte en Déportation", avaient pour parents Marie Anne LE DRESSAY de Moustérian et Isidore ENIZAN, enfant de l'assistance, garçon de ferme à Mousterian chez les LE DRESSAY. Une plaque au cimetière rappelle leur destin tragique.
Les arts sont finalement peu cités ; on compte certes 9 noms d’écrivains ou poètes, et un musicien, le barde breton GLENMOR mais aucun artiste peintre. les peintres FRELAUT et MERIEL-BUSSY qui on peint de multiples scènes de la vie sinagotes ne sont pas honorées dans la commune.
Bien sûr un Conseil Municipal peut choisir de nommer une rue en consultant une encyclopédie ou encore la liste nationale des personnalités féminines récemment éditée à leur attention...
Wiki-sene met à la disposition des décideurs locaux, le portrait de nombreuses personnalités locales d'intérêts et le site recèle, pour qui veut s'y pencher, de nombreuses "suggestions" pour qui doit nommer la voirie communale.
Réponse du Quizz Prix Nobel de la Paix à Séné:
Cassin - Briand - Dunant -Passy - Schweitzer - Buisson -Renault - Bourgeois - Jouhaux
Article daté du 3 septembre 1933 repris et complété par des informations d'autres articles et des éléments d'état civil.
SENE Au village des "Sinagots" deux patrons pêcheurs liquident une vieille rancune.
Dans le petit village de Cadouarn, situé sur le bord du Golfe du Morbihan, deux patrons pêcheurs, Pierre ALLANIOUX et Lucien CLERO, se rencontrant au bas du chemin qui descend du village, ALLANIOUX, dont les instincts batailleurs étaient connus de tous ses voisins, sans aucune discussion, sauta à la gorge de CLERO et le terrassa. CLERO réussit au bout d'un moment, à prendre le dessus et, s'étant dégagé de l'étreinte de son adversaire, fou de colère, frappa à coups de poing et à coups de pieds chaussés de sabots, à tort et à travers. Pierre ALLANIOUX, atteint à la tempe droite, expirait quelques minutes plus tard. CLERO alla immediatement se constituer prisonnier, regrettant son acte involontaire.
Nouveaux détails.
Samedi soir, vers 17 heures (nous sommes le samedi 2 septembre 1933), CLERO qui, outre son métier de pêcheur, élève des huîtres aux environs de l'ïle de Boëd, située en face de la presqu'île, revenait de ses parcs et regagnait la maison familiale. Mais, au lieu d'y accéder directement, comme à son habitude, il voulut faire le tour par la ruelle principale pour prendre sa femme qui se trouvait chez des amis. Chemin faisant, près de la côte, il rencontra Pierre ALLANIOUX, qui revenait de Vannes où il avait touché une petit héritage et où, aussi, il avait fait de nombreuses libations.
[Avec sa femme et sa belle-soeur, ils avaient visité l'armateur qui leur avait remis le montant d'un petit héritage, bien mince, puisqu'il s'agissait de quelques centaines de francs. En descendant de l'autobus qui les ramenait au bercail, ils semblaient en état d'ébriété]
ALLANIOUX l'interpella au passage et lui demande de l'argent pour boire. Julien CLERO voulut passer son chemin sans répondre, mais l'ivrogne ne l'entendait pas ainsi et vit, là, l'occasion de montrer sa force. Il sauta à la gorge de CLERO qu'il serra comme dans un étau, et tous deux roulèrent à terre sur le bord du chemin où se trouve une petite mare desséchée.
ALLANIOUX eu d'abord l'avantage et CLERO suffoquait; mais bientôt, ce dernier réussit à se dégager de l'étreinte de son adversaire et, aveuglé alors par une colère qui semble quelque peu légitime, il se vengea à coups de poing et à coups de pieds, frappant à tort et à travers.
"Assez, Julien" cria ALLANIOUX, et CLERO se releva, prêt à s'en aller. Il fut alors stupéfait de voir que sa victime ne bougeait plus, [il perdait son sang en abondance d'une blesure à la tête], il était mort. Affolé, CLERO, regrettant d'avoir frappé si fort, se rendit au bourg où il raconta à l'adjoint la scène qui venait de se passer, le priant d'alerte la gendarmerie.
La victime
Pierre ALLANIOUX [13/01/1879 - 2/09/1933, est pensionné de la Caisse des Invalides pour une blessure contractée au Tour du Parc, pendant la guerre] comme nous le disions plus jaut, était mal considéré par ses voisins.[ Il est bien recensé lors du dénombrement de 1931 au village de Cadouarn avec son épouse.]
Il s'enivrait souvent, et avait l'ivresse méchante. Les rixes auxquelles il a pris part sont nombreuses, et si, depuis des annés, il a donné des coups, il lui est arrivé d'en recevoir aussi. "Cela devait finir ainsi", nous disait un pêcheur qui ne semblait pas regretter outre mesure la disparition de celui qui était un peu devenu la terreur du village. Sa femme [Angèle Marie LE FRANC] se livre à la boisson; sa fille [Lucienne divorcée LE GOINVEC] est encore en ce moment interdite de séjour, à la suite d'une condamnation encourue pour avoir trempé, il y a quatre ans, dans le meurtre de LE GREGAM. Pierre ALLANIOUX qui, lui aussi, était patron pêcheur, était âgé de 54 ans.
En liberté provisoire
Julien CLERO est âgé de 48 ans, il est marié et père de quatre enfants [comme le confirme le dénombrement de 1931]
Le bourg entier s'accorde pour donner sur lui les meilleurs renseignements. Depuis avant 1914, il était harcelé par sa victime d'aujourd'hui, et il dut fuir bien souvent pour éviter le dénouement qu'il regrète si amèrement à l'heure actuelle. Le Parquet [qui s'est rendu sur place] après interrogatoire, l'a laissé en liberté provisoire.
Le docteur Franco, médecin legiste s'est rendu dimanche matin, au village de Cadouarn, pour pratiquer l'autopsie de la victime. Pierre ALLANIOUX portait des blessures à la tête et à la jambe gauche. Après un examen minutieux, le praticien a conclu que la mort avait été déterminée par une blessure à la cuisse gauche, profonde de 7 à 8 centimètres et faite, sans doute, avec un instrument pointu et tranchant, tel qu'un couteau. La section de l'artère fémorale aurait déterminé une violente hemorragie et peut-être une embolie. La mort dut être presque instantannée.
Cette découverte laisse à penser quer CLERO qui affirmait ne s'être servi que de ses poings et de ses pieds, aurait sorti un couteau de poche pour se défendre.
Le jugement de cet affaire eut lieu le 26 août 1933 et aboutit à un non-lieu reconnissant que Julien CLERO avait agit en légitime défense.
La Ramasseuse de Choux-Louis-Henri-Saintin-1846-1899 (autour de Dinan-Cancale)
La presse d'épqoue a été numérisée par les Archives du Morbihan et les journaux sont une source inépuisable de témoignages sur le passé de notre commune pour qui sait chercher...
Ainsi cet article de 1886 nous relate le dramatique accident dont a été victime Jean Marie LERAY [25/1/1847-4/01/1886] en allant décharger des choux à Saint-Gravé. La famille LERAY cultivera les choux à Brouel pendant trois générations.
Cet autre article d'août 1887, est consacré à un fameux procès où 182 Sinagots et Sinagotes furent jugés au Tribunal pour une pêche en fraude (Lire article dédié). A la fin de son exposé, le journaliste de l'époque relève déjà les "Voiles Rouges" et le "Chou Pommé" comme éléments qui caractérisent Séné.
Cet autre article de "L'Avenir de la Bretagne" daté du 7 janvier 1893, nous relate le décès de Patern LE FRANC [22/02/1850-31/12/1892], agriculteur de Séné. L'acte de décès indique que l'accident eu lieu à Péaule ou le cultivateur de choux allait livrer sa marchandise.
Camille Rollando dans son livre intitulé "Séné d'Hier et d'Aujourd'hui" nous explique le fondement agronomique de cette culture en Séné :
Le chou pommé (Brassica oleracea) est une plante de la famille des brassicacées qui comporte des feuilles qui se coiffent mutuellement en formant une pomme, plus ou moins allongée ou aplatie. Quand ses feuilles sont lisses, il est appelé « cabus » et, lorsqu'elles sont cloquées, «chou de Milan ».
Cet autre article daté du 16 février 1908, témoigne de la culture du chou à Séné au début du siècle dernier.
Aspect d'une cour de ferme bretonne vers 1900-Charrette de choux. Musée de Bretagne
Une recherche Google Book permet de repérer ces deux extraits de la même période, indiquant qu'avant la Première Guerre Mondiale, la culture du chou était importante sur Séné :
"Dans les terres fertiles des environs du golfe du Morbihan, et particulièrement dans la presqu'île de Séné, il est fait actuellement d'importantes cultures de choux-pommes, et depuis peu on y a introduit la culture du chou-fleur géant d'automne. page 253
Notice sur le commerce des produits agricoles
France. Service des Etudes Techniques - 1906
La culture des choux cabus , des choux-fleurs et des brocolis se pratique avec succès dans de nombreux villages du littoral breton. Ainsi les environs de Vannes, de Lorient et de Saint-Brieuc sont renommés par la production des choux
Bulletin de l'Office de renseignements agricoles, Volume 8,Numéro 2
France. Direction de l'agriculture - 1909 -
Gravue Jean Frélaut 1914 Planteurs de choux
Tableau de Jean FRELAUT - 1923 - L'abreuvoir. Scène où on voit un champs de choux.
Sinagots devant la Préfecture de Vannes
Extrait Enquête Agricole 1929 Gallica Bnf
LA CAMPAGNE des CHOUX,
est ouverte depuis un mois,
Elle s’annonce bonne.
Ainsi titrait Ouest Républicain, le 3 février 1938.
Cet article plus récent a le mérite de dresser un historique de la culture du chou dans le Morbihan où l'on comprend que la culture du chou à Séné est très liée à celle du choux à Lorient...
L'article est ici proposé dans son intégralité avec des annotations et des illustrations, afin de comprendre comment la culture du chou à Séné a revêtu une grande importance avant guerre.
../...Début de l'article de l'Ouest Républicain
L’expédition des choux est, depuis plusieurs années, l’une des sources de l’activité commerciale de notre région lorientaise.
Elle ne date pas de loin. En 1892, on comptait dans le Morbihan que 1.200 ha de terres ensemencées en choux-fleurs et choux-pommes. Par suite d’une sélection heureuse de semences, la situation de cette culture devint florissante peu après la guerre [guere 14-18] On comptait en 1923, 3.100 ha ensemencées de choux-pommes. En 1929, le nombre d’hectares était monté à 3.300, pour descendre en 1934 à 1.250.
La production était dans tout le Morbihan de 560.000 quintaux en 1929, 660.000 quintaux en 1930, 556.550 en 1931, 404.250 en 1932, 362.500 en 1933, 313.500 en 1934. Depuis ce chiffre est demeuré stationnaire [soit environ 30-35.000 tonnes par an]
Il n’est que deux régions du Morbihan où l’on cultive le choux-pomme : la campagne à l’est de Vannes et celle située en périphérie de Lorient.
Photo Fond David : femmes plantant des choux à l'Ile d'Arz
Près de Vannes ce sont les communes de Séné, Le Hézo, Noyalo et Saint-Armel ; Près de Lorient, celles de Ploemeur, Larmor-Plage, Caudan, Quéven et Guidel.
[ces deux terroirs du Morbihan offre douceur et terres favorables à la culture du chou-pommé ou chou de Milan]
Le chou de Vannes est un chou-prime dans toute l’acception du terme puisqu’il est récolté en octobre, novembre et décembre, celui de Lorient en décembre, janvier, février-mars.
[les deux bassins de production se complètent pour assurer une production de chou frais d'octobre à avril]
Notez l’influence ici de l’engrais tout particulier fourni par les résidus ménagers récoltés par les cultivateurs dans les villes.
[fabrication agricole de compost qui n'a rien à envier à la produciton de biomasse actuelle]
Les expéditions se font de la gare de Vannes, pour la région de Séné, aux gares de Lorient et d’Hennebont pour nos communes circonvoisines.
Les expéditions ont été en gare de Lorient de 4.042 tonnes pour la saison 1933-34, 3849 pour la 1934-1935, 4.952 pour 1935-1936, pour tomber à 1.684 tonnes pour 1936-1937.
[Les expéditions hors du Morbihan reprensente entre 10% et 15% de la production]
On voit que chaque saison est à cheval sur deux années, pourquoi ?
C’est qu’une saison normale commence au 15 décembre pour finir au 1er mars. L’an passé, il n’en fut pas ainsi, puisque la saison commencée le 12 janvier ne se termina que le 8 mai.
1920-La récolte des choux - Lucien SIMON - Huile sur toile
OU VONT LES CHOUX
C’est très joli de produire beaucoup, il faut trouver des débouchés. Nos choux lorientais ont été particulièrement demandés dès 1923 dans la région de l’Est.
Et puis de 1928 à 1934, l’Allemagne en réclame de fortes provisions. Ce fut pour nos campagnes une source réelle de richesse. La rue Cosmao-Dumanoir [près de la gare de Lorient], connut, chaque jour de véritables caravanes de charrettes se dirigeant vers la gare des marchandises. Car, sur les 4.000 tonnes expédiées des gares du Morbihan, 500 tonnes seulement étaient expédiées de la gare de Vannes.
Négociant venu voir la récolte de chou Baud
[ce chiffre de 500 Tonnes livrées en gare de Vannes permet d'extrapoler une productions sur les communes autour de la rivière de Saint Léonard (Séné, Noyalo, Saint-Armel) de 50.000 à 60.000 quintaux, soit environ le dixième de la production lorientaise].
[les agriculteurs de Séné, Saint-Armel, Noyalo, livre des grossites de Vannes qui se charge d'expédier par train les choux. Le passeur de Saint-Armel était-il utilisé?]
Mais voici qu’en 1934, l’Allemagne augmente les droits de douane et par peur de l’épidémie de doryphore, restreint ses commandes.
[Il n'y avait pas de "Politique Agricole Commune", ni de volonté de libre-échange. De tout temps, les états se sont prémunis contre les risques de calamité agricole. Aujourd'hui le risque "ravageur" liés aux insectes est peu commun mais des mesures de sauvegarde contre des épizooties sont utilisées , par exemple aujourd'hui la grippe aviaire ou la peste porcine].
En 1935, par suite d’interventions heureuses de nos parlementaires, les tarifs de transports sont abaissés et d’autres part M. Briend, notre très actif inspecteur commercial de la région, obtient que les transports P .V.[pour petite vitesse] soient accélérés.
Wagons de "grande vitesse" : le terme "grande vitesse" désigne ici l’aptitude des wagons à être incorporés aux trains de voyageurs. Cette possibilité était réservée à certains services : service postal, messageries, transports de chevaux, des voitures, transport des produits de marée, du lait et des produits finis.
Wagons de « petite vitesse » : la petie vitesse désigne les services de marchandises non incorporés aux trains de voyageurs. On va trouver ici le matériel tels que les fourgons, les tombereaux, les plats, les réservoirs.
La situation va donc être équilibrée. Mais, à ce moment, nouvel et gros ennui. Les expéditeurs ne peuvent plus arriver à se faire régler.[L'Allemange fait un chantage au réglement car elle souffre d'un déficit commercial avec la France] Les Lorientais pour un temps dont on ne prévoit pas la fin, doivent renoncer à des expéditions en Allemagne.
Au mois de mars 1935, nous avons alors exposé en détail cette situation dans nos colonnes.
Heureusement la région parisienne nous fournit tout à coup un débouché inattendu en 1936. La récolte devint déficitaire à Pontoise et on fit alors appel aux choux bretons. Ce qui a fait le malheur des uns a fait le bonheur des autres.
Cette situation ne dura pas. Les choux de Pontoise suffirent largement aux besoins de la capitale en 1937 et d’autre part nos choux lorientais ne purent être expédiés avant la fin de janvier à l’heure où déjà bien des commandes étaient faites.
[Cet article de février 1937, relate la crise du chou lors de la campagne 1936-1937 - où seulement 1.684 tonnes furent exportées. Les mauvaises conditions météo ont retardé la récolte sur Lorient et dégradé la qualité des choux. La production lorientaise est venue se téléscoper avec celle de Vannes (Séné) entrainant une chute des prix. La crise remonta à Paris comme l'indique cet article daté d'août 1937, aboutissant à un accord avec l'Allemagne, chou contre charbon.
Photo prise vers 1936-37 à Kerfontaine (Collection Odette Le Franc-Cadouarn). Camionette Ford à pneus plains, servant à aller vendre les choux de Séné sur les marchés de saint Jacut, Saint Gravé, Redon, Peilleac,etc.. Sur la photo à droite, Jean Marie LE RAY, exploitant à Brouel et à gauche, son beau-frère Joseph LE GAL. (Source bulletin munipal 11-1995)
LES PREMIERS ENVOIS
C’est le 28 décembre dernier (1937) que furent expédiés de Lorient le premier wagon grande vitesse et le 29 le premier wagon petite vitesse, partis de Lorient, soit une moyenne de 250 tonnes. C’est peu.
La récolte nous dit-on, parait inférieure à celle de l’an passé. La sécheresse de juillet et d’août en est la première cause, les gelées de fin décembre et janvier étaient d’un bon augure. Elles ne durèrent malheureusement pas assez longtemps. La saison des pluies que nous traversons n’est pas faite, actuellement pour favoriser les expéditions, bien au contraire ! La fermentation agit au cours du voyage.
[l'article est écrit en février; le chou est une denrée périssable et préfère les grands froids pour voyager même en train "grande vitesse".Les gelées d'hiver sont donc favorables pour le transport et la concurrence !]
Les gelées n’ont pas été assez fortes pour nuire aux choux de Pontoise, tandis que les nôtres plus robustes les supportent aisément. Nous ne pouvons donc pas cette année profiter de la vitalité de nos espèces. La région parisienne va pouvoir, comme en 1937 se suffire à elle-même.
Joignez à cela le chômage qui va grandissant.
UN BON SON DE CLOCHE : L’ALLEMAGNE VA REDEVENIR NOTRE CLIENTE
Est-ce à dire qu’il faut désespérer de la saison 1938 ? Pas du tout.
Souvenons-nous que l’un des principaux intérêts de notre production lorientaise est la durée. Alors qu’en fin février-mars, les autres régions de France sont complètement démunies de choux, nous en possédons encore, parfois jusqu’en mai et c’est ce qui a fait du reste que nous pouvons les vendre à des prix très rémunérateurs.
Et puis il y a un autre fait : Les expéditions pour l’Allemagne vont reprendre.
[La négociation bilatérale est la règle dans l'Entre-deux-Guerres. La France, sous la pression de ces agriculteurs, cherche des débouchés pour les productions et notamment le chou breton. L'Allemagne entend exporter son charbon. On négocie]
L’Allemagne a en effet décidé d’accepter pour 2 millions d’importations de choux. Or la région lorientaise est à peu près la seule région de France à même de donner satisfaction aux commandes.
Dans quelques jours vont commencer les expéditions pour l’Allemagne et nos exportateurs lorientais ont droit de bien augurer de l’issue de la campagne. Nos cultivateurs récolteront des choux et ils vendront à bon prix.
LES PRIX
Au début de chaque saison, les prix de 450 à 500 frs. la tonne sont pratiqués. Il en est ainsi cette année.
Mais ils ne tarderont pas à monter. Ils sont à l’heure actuelle tout juste rémunérateurs pour nos agriculteurs.
Il est peu probable néanmoins qu’ils revoient l’âge d’or de 1933, à l’époque d’une disette complète de choux en Allemagne où le prix de la tonne monta à 1500 frs. Par suite du reste de spéculation.
Sinagots au mouillage à Moustérian - 1951: au 1er plan un jardin avec des choux
.../...Fin de l'article de Ouest Républicain
La 2° Guerre Mondaile va éclater. A la Libération l'agriculture bretonne et morbihannaise va se moderniser. La culture du chou va toutefois persister mais en déclin pour approvisionner l'Alsace et les régions limitrophes en Allemagne. Par exemple sur Lorient on compte en 1954 que 400 ha de chou contre plus de 3000 ha vant guerre. Durant les Trente Glorieuses, la production va diminuer sous l'effet du cout de la maindo'euvre, de la désertification rurale et du changement d'alimentation des Français.
Photo extraite du nournal "La Liberté du Morbihan" 20 janvier 1955.
Charrettes de choux en gare de Lorient
Dans son livre, "Le Pays de Séné", Emile Morin rassemble un grand nombre de cartes postales anciennes et de vieilles photographies. Pour celle-ci montrant un champ de choux près de notre église, il écrit : "Un champ de choux. Jusqu'aux années 1950, les choux de Séné étaient renommés dans toute la région. Par cherrettes entières, les cultivateurs les envoyaient à la gare des marchndises pour être livrés en Alsace pour la choucroute. Tout au long du trajet des choux tombaient et les gamins se battaient pour les ramasser. Le champ que l'on voit ici se trouvait à l'emplacement de l'école publique mixte Françoise Dolt et de la rue du 19 mars 1962 (qui n'est pas encore construite)."
Un chargement de choux prêts pour l'expédition.
Sur la remaroque entre les cagettes : Jean LE RAY
Dans un article paru dans Ouest-France en mai 2018, Jean LE RAY, dont le grand-père mourut lors d'une livraison de choux en 1886 (voir ci-avant), agriiculteur en retraite à Kerstang se souvient : "Toutes les fermes de Séné faisaient du chou". "Ce chou, variété Milan, se plaisait en terre sinagote. les terres, fortes et argileuses mais aérées, convenaient à la culture de ce légume. Chaque paysan faisait ses propres graines à partir de la culture précédente. C'était un secret bien gardé et préservé".
Dans les années 1960, la moitié de la surface agricole utile est dédiée à la culture du choux. Les expéditions diminueront à cause d'un marché en déclin. Dans son documentaire de 1964, Moisan, immortalise un vieux Sinagot qui ramasse des choux dans son champ.
Dans les années 1970, on cultive encore le chou du côté de Brouel, comme le montre cette photo tirée du magazine paroissial "Le Sinagot" pour la consommation locale.
Jean RICHARD, grand témoin sinagot de son temps, se souvient dans ce même article Ouest-France.
Aujourd'hui, le choux de Lorient, le grand frère du chou de Séné, tente un nouvel essor au travers d'une démarche de qualité. Les agriculteurs de Séné doivent-ils monter dans le train à "grande vitesse" ou à "petite vitesse"?
Bibliographie :
Les Cahiers du Pays de Ploemeur, Darcourt pages 39-43
Histoire de Lorient n°3 avril 2011.
Séné d'Hier & d'Aujourd'hui - Camille Rollando.
Archives du Morbihan : article de presse.
Parfois il suffit d'une photographie ou une vielle carte postale d'Emile MORIN, ou bien encore d'un article de l'abbé LE ROCH pour susciter l'envie d'approfondir un aspect méconnu de l'histoire de Séné.
C'est le cas avec cette photographie tirée de l'ouvrage d'Emile MORIN, "Le Pays de Séné". Dix gaillards posent devant le photographe, debout autour d'une roue de charette qu'ils s'apprètent à cercler de fer. Emile MORIN nous dit qu'il existait une forge à peu près au débouché de l'actuelle rue du Versa sur la Route de Nantes. Il donne des noms de ces hommes. Tachons d'opérer avec méthode pour retracer l'histoire de cette profession à Séné et pour en savoir plus sur cette photographie.
Les vieilles cartes postales insérées dans le texte ne sont pas de Bretagne ou de Séné. Elle illustre les type de tâches des anciens métiers de maréchal ferrant, charrons ou forgerons.
Lors du procès entre les chanoines du chapître de Vannes et les religieuses de la Visitations, le 22 octobre 1719, des habitants de Séné sont appellés à témoigner. Parmi ces Sinagots, Pierre LAYEC qui déclare la profession de maréchal ferrant au bourg de la paroisse. Un site de généalogie nous permet d'identifier cet artisan au ferrage des chevaux, à la fabrication d'outils agricoles, des outils du calfat, des pièces métalliques d'un sinagot ou de leur encre. Pierre LAYEC, né le 24/5/1681 est le fils d'Yves LAYEC [ca 1654 - 25/5/1710] lui même maréchal ferrant comme en témoigne son acte de décès et l'acte de naissance de son 1er enfant Vincent en 1679.. Les nombreux enfants de Pierre LAYEC et de son épouse mariée le 27/6/1705 nous permette de dire qu'il est encore le 17/9/1719 à la naissance de sa fille Perrine. N'ayant eu que des filles survivantes, on peut supposer que l'atelier du maréchal ferrant au bourg de Séné change de main.
Plus d'un siècle est passé et deux Révolutions lors du premier recensement à Séné de 1841. La France alors sous la Monarchie de Juillet de Louis Philippe 1er, "Roi des Français". Ce document précieux nous présente la sociologie de Séné à plein XIX° (lire article dédié). Cet extrait nous apprend que le forgeron de Séné habite le bourg. Il se nomme Vincent LANGLO. La consultation des sites de genealogie et des registres d'état civil permet d'établir la généalogie de la famille Langlo à Séné.
François LANGLO, né à Elven, se marie à Séné en 1768 avec Marie RIGUIDEL. A la naissance de son premier enfant, Marie, en 1769, il déclare la profession de maréchal (maréchal ferrant qui ferre les sabots des chevaux). Pour la naissance de Bertrand, idem maréchal. Pour son fils François en 1786, on retient la profession de forgeron. A sa mort, en 1807, sous le 1er Empire, Gervais Eveno, maire de Séné et officier d'état civil indique le métier de "taillandier" (forgeron spécialiste des outils tranchants, serpes, couteaux, faux, faucilles). A sa mort, en 1831, Bertrand est "forgeron"; son fils Vincent en 1862 à sa mort est aussi "forgeron". Plus tard viendra le terme de charron, pour le forgeron qui sait "ferrer" la roue en bois d'une charette avec un cerclage de fer.
Les recherches menées sur la descendance de Vincent LANGLO montrent qu'il n'a pas eu de garçon arrivant à l'âge adulte, apte à reprendre la forge du bourg de Séné? Où se stiuait-elle?
Le dénombrement ultérieur disponible date de 1886. On note au bourg de Séné, la présence des forgerons Joseph SEVENO [7/9/1850 St-Avé - 18/8/1901 Séné] et Joseph PETITPIERRE [22/3/1852 à Saint Jean-Brevelay - ??], tout deux non natifs de Séné. A leur côtés, plusieurs Sinagots se réclament de cette profession : un certain RIGUIDEL, 29 ans est charron et vit à la Grenouillère; Maximilien LE PAUTREMAT le fils de l'aubergiste du Poulfanc est charron, il épousera Marie Vincente LE TREHONDAT; Louis LE CORVEC 43 ans est charron et demeure au Poulfanc; Jean-Baptiste LE LAN [1/10/1837 - <1911], 48 ans est forgeron et vit au bourg. C'est le fils des paludiers LE LANxLE GUELZEC. A son mariage en 1876, il déclarait le métier de maréchal. Tout laisse à penser, qu'à l'âge de choisir un métier, il fut été placé chez le nouveau forgeron SEVENO installé au bourg;
En 1886, au Poulfanc, Jean Pierre TREHONDAT [5/4/1845 St Nolff - ??] est forgeron. Lors de son mariage à Séné le 18/6/1867 avec Marie DAGORNE [31/31846 - 11/2/1888], il déclarait la profession de forgeron. Fils du maréchal ferrant, Mayol TREHONDAT [1810-1857], il perd son père, à 12 ans. Il a du sans doute reprendre l'atelier familial avec ses frères, avant de s'établir à Séné dans les années 1865, sur la route impériale de Nantes à Audierne. Il a su remettre sur pieds sa forge suite à son incendie, comme le relate cet article de presse du 1er décembre 1880.
En 1891, Jean Jacques CAUDAL [13/6/1850 Plaudren - 26/1/1922 Cadouarn] est établi comme forgeron au Goah Ver, non loin du bourg de Séné. Il est le fils d'un cordonnier et lors de son mariage, le 22/5/1878, avec Jeanne DIGABEL [24/3/1845-13/2/1903], il vit à Saint-Léonard, commune de Theix, à proximité du Poulfanc. Vraisemblablement, il travaillait à la forge Trehondat avant de s'installer à son compte au bourg de Séné, où l'on retourve également la forgeron PETITPIERRE. Ce dénombrement de 1891 est incomplet mais SEVENO est encore forgeron.
Au Poulfanc, la forge a été reprise par Jean Mathurin TREHONDAT [19/9/1875-11/5/1907] avec son père à ses côtés, désormais veuf. La forge emploie désormais un ouvrier, Joseph HOUEIX, 23 ans.
Au dénombrement de 1901, Joseph PETITPIERRE emploie Henri LE CORVEC, jeune ouvrier de 17 ans.[C'est le frère de Patern LE CORVEC, épicier et futur maire de Séné].
La forge de Joseph SEVENO [7/9/1850 St-Avé - 18/8/1901 Séné] semble prospère. Elle emploie Jean Baptiste LE LAN, forgeron de 63 ans et Julien GODEC, apprenti de 15 ans aux côtés de Jean Marie DANIELLO, charron de 36 ans et de Joseph LE DIVELLEC, menuisier de 26 ans qui vit à Cano.
Au Goah Ver, Jean Jacques CAUDAL tient sa forge et emploie peut-être Julien EVENO, charron de 29 ans qui vit à Kerleguen.
Au Poulfanc, Jean Mathruin TREHONDAT [19/9/1875-11/5/1907] et son père Jean-Pierre emploient le forgeron Jean Pierre JEHANNO de 28 ans et sans doute aussi Joseph GUILLEMOT, charron de 30 ans établit au Versa. On complète ses revenus avec la location d'une machine à battre le blé dont il assure à la forge l'entretien des pièces en métal. Un mécanicien, Jean Marie JEGO est affecté à cette tâche. Le maître forgeron perdra son épouse Marie Anne CELIBERT [23/5/1878 – 6/4/1904] dont il aura eu un fils, Félix né en 1902.
En 1900, avant de partir au service militaire Jean Marie ROPERT [16/6/1880 - 7/12/1914], fils d'un cultivateur du Versa, déclare sur sa fiche de matricule être forgeron, sans doute travaille-t-il chez Trehondat. Il se mariera en 1907 à Séné avant de s'établir sur Nantes. Il sera un des premiers natifs de Séné à perdre la vie en 1914 dans la Somme.
En mai 1905, les ouvriers charrons de 6 ateliers du Pays de Vannes se mettent en grève dans le but d'améliorer leur conditions de travail. Le métier est dur avec 10 heures de travail par jour.
Au dénombrement de 1906, au Goah Ver, près du bourg, Joseph PETITPIERRE et son épouse Marie Françoise RICHARD, se font à l'idée de ne pas avoir d'enfant. Ils prennent chez eux un jeune apprenti, Louis Marie DAUBER [16/11/1891 Hennebont - 16/5/1972 Séné ], enfant de l'assistance (il a perdu son père enfant) âgé de 15 ans.
Au décès en août 1901 de leur père, les filles Séveno sont casées et Vincent Marie SEVENO [22/9/1878 - 21/7/1947] a embrassé la carrière de marin pour devenir second maître mécanicien...La forge est arrêtée si bien que le vieux forgeron Jean Baptiste LE LAN s'en est allé travailler, à l'âge de 69 ans, à la forge Caudal.
Au Poulfanc, Jean Mathurin TREHONDAT s'est remarié le 30/1/1906 avec Marie Anne LE GUENNE [23/5/1878-6/4/1904] qui déclare l'activité de cabaretière. A son décès l'année suivante, c'est elle qui va prendre les rennes de la forge familiale avec son beau-frère Pierre Marie TREHONDAT [19/4/1881 - ?].
En 1911, l'apprenti DAUBER est devenu ouvrier chez PETITPIERRE. Au Poulfanc, la forge gérée par Mme LE GUENNE-Tréhondart emploie toujours Joseph GUILLEMOT ainsi que deux jeunes forgerons, Auguste MAHE [17/8/1893-7/6/1917] et Lucien LE PLAT [7/11/1890-19/11/1914], qui perdront la vie durant la guerre 14-18.(Lire lespages Centenaires).
Après guerre, l'équilibre économique et les innovations techniques bouleversent l'ordre précédent.
Au Goah Ver-Purgatoire, Le fils Caudal, engagé volontaire dans l'artillerie coloniale puis l'infirmerie coloniale, ancien combattant de 14-18, ne reprendra pas la forge. Son cousin, Mathurin CAUDAL [3/3/1885 - 18/5/1950], natif de Meucon reprend la forge de Séné où il a épousé Anne Marie JOUAN [26/10/1889 - 23//11/1968] qui sera cabaretière, comme nous le précise le dénombrement de 1921. Il emploie Pierre Marie LOTODE comme forgeron.
Louis Marie DAUBER s'est marié le 26/8/1919 avec Marie Angelina RICHARD [2/10/1896-18/12/1969] et il a repris la forge de PETITPIERRE, son ancien patron.
A Cadouarn, le jeune Pierre Marie MORIO [26/1/1899 - 27/10/1989] est forgeron mécanicien.
Au Poulfanc, Jean François LEROUX est apprenti à la forge Tréhondat alors que les Trehondat-Le Guenne ne sont plus dénombrés au Poulfanc. La forge est bien là. Elle emploie Louis ROPERT en 1924 comme l'indique cette coupure de presse.
Plus tard, la forge Tréhondat fermera et la batiment sera racheté par le café-restaurant Penru dans le sannées 1950. Maison à gauche sur cette photo.
Au dénombrement de 1926, Pierre Marie MORIO, le jeune forgeron mécanicien, formé à la réparation des pièces mécaniques, a repris la forge au Poulfanc. Il s'est marié le 10/4/1923 avec Marie Célestine QUESTER.
Le dénombrement nous indique que Morio emploie Henri Marie ALLANIC domicilié à La Poussinière, Mathurin ALLANIC, domicilié au Versa, le jeune Marcel François HOUEE domicilié à Bézidel et L'ancien apprenti Jean François LEROUX de Limur.
Et nous avons confirmation sur le jeune forgeron Louis ROPERT, blessé en 1924 d'un coup de marteau.
Le prochain dénombrement nous porte en 1931. Au Poulfanc, on ne voit plus de trace de MORIO. A la "Grenouillère" René RAUD est patron forgeron; il a sans doute repris l'ancienne forge Trehondat. Il y est encore avec son fils Guy RAUD en 1936.
Au bourg, nos deux forgerons, Mathurin CAUDAL et Louis DAUBER sont pointés en 1931 et en 1936.Louis DAUBER a été compagnon dont le surnom, habitude de la confrérie était Berry l'Île d'Amour.
Sur la photo ci-dessus, Louis Dauber, son épouse Angelina RICHARD et leur deux enfants, Louis et Léontine. Lors de l'Exposition Internationale des Arts et des Techniques dans la Vie Moderne à Paris en 1937, Louis DAUBER fils [4/10/1921 - 2/10/1995], alors âgé de 16 ans, reçoit un prix pour un trident ou foëne en fer forgé.
Dans ces années 1925-1935, le métier change, de forgeron on passe à mécanicien. On lit sur ces dénombrements : Alfred Jean DAVID, Louis LE ROHELLEC mécaniciens chez Poulichet à Vannes (le futur garage Simca, Talbot et aujourdh'ui Peugeot); Marcel Houée, carrossier chez Lambert à Vannes; René LE DERF, charron chez Le Coq à Vannes; Joseph LE DORIOL, forgeron chez Jean PETIT à Vannes; Pierre Marie LOTODE, a laissé Caudal en Séné pour travailler chez Fily à Vannes; Henri CORBEL, mécanicien; Eugène BOSSU, mécanicien...
Après la Seconde Guerre Mondiale, le métier de forgeron va s'éteindre. Les mécaniciens se retrouveront au sein des premiers garages de camions et d'automobiles (lire l'article sur Pascaline et les garagistes-pompistes de Séné).
Aux élections de 1947, le "fils de l'assistance publique, le jeune apprendit de PETITPIERRE, Louis DAUBER, fait partie de l'équipe municipale.
Au bourg de Séné, Louis DAUBER (ci-dessus à l'enclume) et Lucien CAUDAL déclarent toujours le métier de forgeron en 1962, activité en lien avec la pêche et d'ostréiculture (ancre, grappin, mâts, treuil).
Son fils, Jean Luc CAUDAL, 4° génération de forgeron, reprendra l'atelier de son père en 1988 et orientera l'activité vers les métiers de la serrurrerie, ferronnerie et métallerie (clôtures, porte de garage etc.). Entre-temps, le feu de la forge a laissé place à l'acétylène...
En 1962, au Poulfanc, Vincent DREANO est forgeron et son épouse Marie LE PINIEC tient une épicerie à côté de la forge qui se situait à l'emplacement des logements Résidence Hortensia, non loin du bar le Suroit. Un de ses enfants entrera dans les ordres. Les voisins se rappellent un atelier des plus sommaires en fibrociment. Etait-ce là que se teniat la forge établie par TREHONDART?
Epilogue :
Emile MORIN nomme les employés pris en photographie devant la forge : LE GUEN, patron, GUILLANTON, Pierre MORIO, Paul LE CORRE, GOUPIL, LEROUX, COLLET, LE GUEN (frère du patron).
Les frères LE GUEN seraient de la familel de Marie Anne LE GUENNE, l'épouse de Jean Mathurin TREHONDAT; Pierre MORIO pourrait être Pierre Marie MORIO, le jeune mécanicien qui va reprendre la forge; LEROUX serait l'ouvrier Jean Marie LEROUX qui débuta apprenti; Paul LE CORRE serait de la famille de Marie Anne LE CORRE, l'épouse de Félix TREHONDAT; GOUPIL, COLLET et GUILLANTON restent "inconnus".
Et pour mettre un visage sur ces noms...c'est une autre histoire.
En travaillant à la réalisation du site internet www.wiki-sene.fr dont le but est de présenter l'histoire et le patrimoine de la commune de Séné,
au hasard de mes recherches, j'ai découvert l'existence d'une toile intitulée "Enterrement d'Enfant à Séné" réalisée en 1925 par le peintre André Mériel-Bussy [1902-1984].
Curieux de savoir ce qui avait amené un peintre à poser sur une toile une scène d'enterrement d'enfant,
je me suis pris au jeu et j'ai décidé de "tout savoir" tant sur la vie et l'œuvre du peintre que sur le tableau "Enterrement d'Enfant à Séné".
Pendant plus d'un an, j'ai couru les archives départementales du Morbihan, de l'Ile et Vilaine, les archives municipales de Vannes et les archives nationales à Pierrefitte.
Je suis parti "à la recherche" des décorations, fresques et vitraux réalisés par l'artiste à Vannes, en Bretagne, en France et à l'étranger.
Avec l'aide de la famille Mériel-Bussy et tout particulièrement de son fils, Yves Mériel-Bussy, artiste peintre à Ploudalmézeau,
nous sommes parvenus à retracer le parcours artistique de son père.
Pendant mes recherches j'ai été à la fois "généalogiste, historien local, collectionneur, enquêteur".
Je me suis déplacé aux archives et j'ai utilisé également des moyens "modernes" comme les sites de généalogie,
les sites d'art en ligne, la base Gallica de la Bnf et tout particulièrement les Archives en ligne du Morbihan.
Cet artiste breton, est demeuré jusqu'à présent trop "discret" et le résultat de mes recherches montre qu'il ne manque pas de talent.
Il s'est illustré aussi bien dans la décoration, les fresques et vitraux d'édifices religieux à Vannes, dans le Morbihan, à Rennes, en Bretagne, en Ile de France et à l'étranger.
Artistes aux multiples techniques il a également exercé dans la gravure et la peinture.
Les musées de Vannes, de Rennes et le musée Départemental de Quimper possède de ses gravures et aquarelles.
Ancien élève du collège Jules Simon, il est diplômé des Beaux-Arts de Rennes et des Beaux-Arts de Paris.
André Mériel-Bussy a été un fidèle du Salon des Artistes Français au Grand Palais à Paris.
Il a été médaillé par deux fois pour ses toiles "Enterrement d'Enfant à Séné" en 1926 et "Le Nid" en 1939.
Il a exposé à L'Exposition Universelle de Paris en 1937.
J'ai bien sûr focalisé mes recherches sur la toile "Enterrement d'Enfant à Séné" et j'ai réuni un ensemble de documents permettant de retracer la genèse de l'œuvre.
J'ai même réussi à identifier l'enterrement du jeune Sinagot qui a inspiré le peintre...
Désireux de faire partager mon travail aux amateurs d'arts, au plus grande nombre d'habitants de Séné et du Morbihan,
Désireux de faire découvrir la vie et l'oeuvre de André Mériel-Bussy, j'ai réalisé un cycle de 3 conférences en collaboration avec les villes de Vannes et de Séné et le Diocèse du Morbihan :
16 sept 20 H 30: Grain de Sel à Séné : vie et oeuvre du peintre - Séné en 1923 - les "secrets" du tableau "Enterrement d'Enfant à Séné".
20/09 : 20H Palais des Arts de Vannes : vie et oeuvre du peintre - enterrement d 'enfant à Séné - Décès et enterrement d'enfant vue par les peintres français et étangers
23/09 18 H : Espace Montcalm Vannes : vie et oeuvre du peintre - exemple d'art sacré - les décès et enterrement d'enfant à travers la peinture française.
Ces conférences intéressent les villes citées (Vannes et Séné) mais aussi Port-Louis, Thehillac, Pleugriffet et Arradon où le peintre a laissé des fresques, ainsi que Rennes, Saint Malo, Fougères, Ploudalmézeau en Bretagne..
Télécharger les affiches à partir des fichiers joints et l'article du Telegramme.