logo

Bulletin bandeau Haut

3. DU MOYEN-ÂGE A LA REVOLUTION

LES SALINES DE SENE, PROPRIETE DU CHAPITRE CATHEDRAL DE VANNES
de 1721 à 1791

S1 l'on admet que les nombreux fours et ce pots d'augets, dont nous avons parlé dans un précédent article et qui ont été découverts à partir de 1902 sur les rivages de SENE, étaient destinés à la fabrication du sel marin, il faut dire que cette industrie remontait à une haute antiquité dans le pays ... Ces salines rudimentaires et miniatures (plutôt salières que salines; durent être abandonnées vers l'an -56, lors de l 'occupation romaine, à moins que ce ne soit plus tardivement, si elles ont continué à être exploitées par les Gallo-Romains.
Dans ce cas, elles furent délaissées lors des invasions barbares au début du Vème siècle. On sait qu'à cette époque, des hordes venues de l'Ouest et du Nord déferlèrent sur le pays, dévastant tout, semant la panique, le pillage et la désolation, l'incendie et la mort sur leur passage. Les lieux habités furent changés en déserts et toute vie cessa.

L'industrie du sel ne fut reprise semble-t-il dans le pays , du moins sur une grande échelle, que longtemps plus tard et sous une forme, suivant un procédé totalement différent. Les godets utilisés primitivement pour l'évaporation de l'eau et la cristallisation du sel disparurent ; les salines se modernisèrent et se transformèrent en marais salants. Le sel s'obtint alors sur de vastes surfaces: offrant au phénomène de l'évaporation de l'eau de mer une plus grande étendue. Il fut également transporté dans des récipients plus importants que les centaines de petits godets d'argile d'autrefois.

Il est difficile, écrit Amédée de Francheville, d'assigner une date certaine à l'origine des nombreuses salines qui ont fait jadis la richesse de notre contrée. Et l'auteur laisse entendre que l'industrie du sel a pu être implantée au pourtour du golfe du Morbihan, à SENE, et sur le littoral de Rhuys comme dans la baie de CARNAC, par une colonie de Saxons, de même que dans la presqu'île de GUERANDE et du CROISIC, à SAILLE.

On sait comment se fabriquait le sel, il n'y a pas si longtemps. La saline qui etait un relai de mer disposé pour la cristallisation du sel, avait pour accessoires la vasière ou réservoir d'eau de mer et le gobier qui servait à préparer cette eau avant de la faire entrer dans la saline. Celle-ci se subdivisait elle-même en oeillets, fares, adernes et appartenances. Ces divers compartiments, séparés par de petites digues hautes de
30 cm, étaient fermés au moyen de petites planches verticalement placées ; elles servaient aux paludiers à retenir les eaux nourricières et à les répandre dans les oeillets ou bassins d'évagoration. Les oeillets occupaient le milieu de la saline ; ils étaient rangés sur deux lignes parallèles et séparés par un étroit canal profond au plus de 15 cm. Les servitudes occupaient le reste de la saline. L'eau de mer, chauffée et préparée par l'action du vent et du soleil, en parcourant les sinuosités des canaux nourriciers, des fares, des adernes, des appartenances, était introduite dans l'oeillet à la hauteur de 7 cm. Le sel blanc, semblable à une glace, se formait à la surface. Le sel gris ou gros sel se déposait dans le fond de l'oeillet et se recueillait sur de petits plateaux ménagés au centre et nommés bordures. Il y restait jusqu'à ce qu'il soit ramassé en tas (mulon) ou amulonné. Une planche nommée laz, longue de 50 cm, servait à le recueillir. Une lousse ou pelle en bois, une baguette ou pelle concave également en bois, étaient les seuls outils. employés par les cultivateurs des marais ou paludiers.

Les chanoines du chapitre de VANNES viennent "se saler" ou plus exactement "se sucrer" à SENE.
Les revenus du chapitre cathédral n'avaient jamais été très importants ni les chanoines très riches. A diverses reprises, l'Evêque fut obligé de leur trouver des sources de revenus pour vivre honorablement.  La plus ancienne dîme ou contribution attribuée au chapitre paraît avoir été celle provenant de Saint Patern de VANNES. L'Evêque Maengui donna vers 1080, la moitié de cette paroisse au chapitre et en 1177, son successeur, l'évêque Rotald, lui céda l'autre moitié. Devenu ainsi recteur primitif de Saint Patern, le chapitre perçut naturellement les dîmes de la paroisse ; elles se percevaient en nature sur les villages d'Arcal, le Versa et autres. Mais, en 1790, ce reste de dîme ne donnait plus que 4 perrées et demie de froment valant 121 livres 10 sols.
A cette époque reculée (XIe - XIIe siècles), SENE était¬elle déjà paroisse indépendante de Saint Patern? ... Nous l'ignorons, mais il semble bien qu'elle en ait été détachée au XIe siècle, après l'expulsion des pirates normands, lors de la restauration religieuse de la Bretagne.

Par une bulle du 23 septembre 1451, le Pape Nicolas V, pour venir en aide au chapitre, autorisa l'évêque de VANNES, Yves de Pontsal qui s'était adressé à lui au nom des chanoines, à unir six paroisses au chapitre, dont SENE. Les deux tiers des revenus de la paroisse appartiendraient au chapitre et l'autre tiers au recteur du lieu. Cette fois, l'appoint était sérieux. Les dîmes de SENE ou redevances écclésiastiques revenant au chapitre étaient affermées en 1521 pour 80 perrées de froment ; en 1790, elles rapportaient 47 perrées de froment et 30 perrées de seigle qui valaient alors environ 1,779 livres.

En 1720, la chute du système financier "Lavo" avait causé partout en France d 'effroyables ruines. De nombreux capitaux avaient été remboursés au chapitre cathédral de VANNES en billets de banque et ces
billets perdirent aussitôt leur valeur. Le chapitre, pour relever ses finances, sollicita du roi, par l'intermédiaire de l'évêque, la concession des terres vagues situées le long de la côte méridionale de SENE pour y établir des salines. Louis XV accorda au chapitre sa demande par un acte passé en conseil d'Etat le 7 février 1721, confirmé par lettres patentes du mois d'avril suivant, à la condition de payer une redevance annuelle de 30 livres au Domaine,

Dès 1725, le chapitre se mit à l'oeuvre et employa à l'établissement de nombreux marais salants, des capitaux considérables qui lui furent peu à peu remboursés par le clergé du diocèse. Ces salines avaient été installées à Kerbiscon, Dolan, Bindre, Falguerec, Broël, Micbsot et Kérarden. Elles furent par la suite, partagées entre les 14 chanoines qui formaient le chapitre, en réservant 491 oeillets pour la mense ou la table capitulaire et
54 pour le recteur de SENE. La part de la mense fut louée en 1740 pour 9 ans à raison de 4. 173 livres 10 sols par an. C'était comme on le voit, un joli denier.

Ces marais prirent bientôt de nouveaux développements, si bien que les salines qui rapportaient 3. 185 livres au chapitre en 1730, lui donnaient un revenu net de 15.556 livres en 1765. Trois ans plus tôt, on avait procédé, le 26 février 1762, en assemblée capitulaire à un partage définitif qui fut approuvé par l'Evêque et sanctionné par lettres patentes du roi. Dans ce partage, sur 2.511 oeillets, 1679 furent attribués aux chanoines et partagés entre eux et 832 furent réservés à la maison capitulaire pour payer ses charges. Le tout avait une valeur brute de 21 .408 livres par an, mais on déduisait les bénéfices des paludiers et la part du recteur. Il ne restait plus que 15.556 livres, dont 12.308 livres 10 sols pour les chanoines et 3.247 livres 10 sols pour leur maison,

Mais bientôt, la concurrence des sels étrangers vint arrêter la prospérité des salines de SENE; et, aux approches de la Révolution, il fallut aux chanoines faire de nouvelles économies.

Un état des biens et des charges du chapitre, fourni à 1l'administration civile en 1790, déclare qu'il avait trois sources de revenus dont la principale était l'industrie du sel de SENE :"les gros fruits comprenaient
les salines de SENE". La part réservée aux chanoines était alors de 1.662 oeillets qui produisaient à peine 10.000 livres au total.
La valeur relative de la livre changea beaucoup avec le temps : en 1275, la livre valait 113 Fr de notre monnaie de 1900 ; en 1325, elle valait 82 Fr et en 1375 seulement 55 Fr, tandis qu'en 1425, elle ne valait plus que.
40 Fr et en 1475 : 35 Ff. La dévaluation des monnaies ne date pas d'aujourd'hui.

 Mais, voici que la Révolution éclate et que l'Assemblée Nationale confisque tous les biens écclésiastiques. Les salines de SENE furent vendues à leur tour. Le 16 mars 1791, M. LE MAUFF achetait 75 oeillets à Michot pour 16.000 livres. Le 30 mars, M. GUILLEMOT acquit 103 oeillets à Dolan pour 5.425 Fr. Du 20 au 30 avril, M. PERIER de LORIENT se fit adjuger le plus gros lot, soit 2.333 oeillets à Kerbiscon, Bindre, Falguérec, Brouel et Kérarden pour 282.550 livres. Ainsi disparut, emportée par les acheteurs de biens nationaux, cette propriété écclésiatique : les salines de SENE, ayant appartenu au chapitre cathédral de VANNES pendant 70 ans.

Nous terminons cette étude sur les salines de SENE par une référence à la vie admirable du bon pasteur que fut M. Pierre LE NEVE, recteur de la paroisse de 1721 à 1749. Depuis plus de 15 ans (1705), il était vicaire à
Saint Patern, lorsque Monseigneur FACON, évêque de Vannes, le nonnna à la curé de SENE le 12 mars 1721. Prêtre mortifié, aimant la pauvreté et charitable à l'extrême, il conquit très tôt et d'emblée le coeur de ses paroissiens. Non seulement il s'occupait de leurs besoins spirituels, mais rien de ce qui regardait leurs intérêts temporels ne lui était étranger. Lorsqu'on établit les salines à SENE en 1725, il s'en affligeait à cause de l'embarras que devraient avoir les pauvres gens pour trouver à l'avenir un lieu propre à faire paître leurs bestiaux. Comme on voulut lui faire entendre que ces salines augmenteraienc les revenus du presbytJre : "Beau profit vraiment, répondit-il, on donne à ceux qui en ont et l'on ôte à ceux qui n'ont pas !" Tel était le détachement de ce bon recteur qu'il se refusait le nécessaire pour soulager les pauvres et qu'il n"estimait les biens de la terre qu'autant qu'ils lui fournissaient le moyen de taire des aumônes. Il en répondait d'abondantes jusque dans les faubourgs de Vannes. L'Evêque lui ayant demandé un jour quel était le revenu exact de son bénéfice : "Il vaut autant que votre évêché Monseigneur, répliqua-t-il, il vaut le paradis ou l'enfer !" Parole pleine de sens et qui montre combien était grande la vivacité de sa foi : il comprenait bien que son salut était attaché
à celui de son peuple.

Sene saline cahute 

La consultation du plus ancien des dénombrements de la population de Séné réalisé en 1841 permet de localiser la population de douaniers et leur famille à Séné. Les cadastres de 1810 et 1844 situent quelques postes de douanes et des casernes de douaniers sur notre commune.

Que nous apprenent ces documents sur la présence des douaniers à Séné entre 1840-1845 ?

On note 6 implantations de familles de douaniers à Séné dans le dénombrement de 1841: au bourg, à la caserne de Kerbiscon, à la caserne des Quatre Vents, à la caserne de Billerois, à Michotte, au Poste de Gorneveze et à Brarrach.

- Caserne de BILLEROIS : le cadastre de 1844 mentionne une caserne de Billerois sur l'île de Mancel et indique un autre bâtiment près de la digue Lorois à la pointe du Bil.

1844 caserne billerois

1844 Billerois Caserne


Sur l'île de Mancel, ce mur de pierres est sans doute le vestige du corps de garde mentionné sur le cadastre. Il y avait un chemin ici figuré sur le cadastre en noir qui menait à un bâtiment sur l'île de Mancel.

Mancel corps garde

 

Corps garde Mancel cadastre
Le dénombrement de 1841 nous indique que la caserne de Billerois est organisé autour d'un brigadier, d'un sous-brigadier et de 8 préposés des douanes. Les familles apparaissent les unes après les autres et on peut penser à un seul lieu de domicile du type caserne ou à des logements voisins. 10 familles de douaniers vivent à Billerois. Etaient-elles logées dans l'actuelle ferme de Bilherbon car les batiments figurés sur Mancel ou à la pointe du Bil, ressemblent plus à des lieux de guet qu'à des logements.

1841 Billerois douaniers eXTRAIT

 

- Caserne de Kerbiscon

Les cadastres de 1810 et de 1844 indiquent clairement la présence d 'une caserne à Kerbiscon avec son poste avancé au plus près des salines. L'effectif en 1841 compte le brigadier François REY, les sous-brigadiers Guillaume Deloget et Jean Cariaux, et 11 préposés des douanes (Jeffredo, Jego, Guillo, Quintin, Lerousique, Fily, Lefetisse, Lestutour, Jouanno, Digué et Leguentice) avec leur familles. Le bâtiment est aujourd'hui disparu.

1810 Kerbiscon caserne

 

caserne de Kerbiscon

- Douaniers de Michotte

Une forte population de douaniers est établie à Michotte comme l'indique l'extrait du dénombrement de 1841. Un brigadier, un sous-brigadier et 7 préposés y sont recensés.

 1841 Michotte caserne

Où logeaient-ils ? Les cadastres ne mentionnent pas de "caserne" près de Michott, à moins qu'il ne logeassent à Dolan dans une longère [à vérifier].

Le positionnement d'un gros effectif de douaniers à Michotte répond sans doute à l'existence d'un grenier à sel, nommé l'usine sur la carte de 1882. une salorge en plein milieu des salines. Il fallait vieiller sur ce tas de sel, cet "or cristallin" des paludiers.

Michotte salorge

Ces douaniers devaient détacher quelques préposés pour guetter la sortie de la rivière de Saint-Léonard. La petite construction encore visible sur l'île de La Garenne etait-elle un poste de guet ? Ce poste d'observation complèterait bien un dispostif d'observation poursuivant sa pointe de Boëdic et la guérite à Barrarach, pour contrôler les mouvements de barques.

gueritte lagarenne

 .

- Corps de garde de Bellevue : 

Le corps de garde de Bellevue ou patache des douaniers est encore visible sur la butte de Bellevue non loin de la croix. Lire article dédié.

Guéritte Barrarach

Ce poste de garde était un lieu de travail pour les douaniers établis avec leur famille à Barrarach. En 1841, on recense le brigadier Charles JEHANNO et sa famille, les préposés Honoré EHQUET, MARCADET Jean et EVENO Joseph. Depuis la guérite de Bellevue? ils peuvent surveiller le goulet de Conleau. Le dénombrement de 1841 révèle que la famille nombreuse du préposé MARCHAND loge à Langle.

1841 Langle Marchand

Pour contrôler les allés et venus d'embarcations entre les salines de la rivière de Saint Léonard et la sortie du Golfe, on peut penser que la Douane de l'époque avait installé des points de guet sur le littoral. On sait que la chapelle de Boëdic a pu être à l'origine une guérite de douaniers (lire article associa). Le préposé des douanes de Barrarach-Langle devaient également prendre une barque et aller en poste sur Boëdic.

 

- Douaniers du bourg :

Au bourg de Séné vivent 7 familles de douaniers. Un brigadier encadre 6 préposés. Où logeaient ces familles ?

Les salines les plus proches sont à Rosvellec sur Vannes en face Cantizac. Ensuite le marais de Languersac délimité par le Pont Lisse et ensuite les salines du Morboul. Mais à Gornevze, il ya aussi un effectif de douaniers.

On peut émettre l'hypothèse que la Douane a souhaité quadriller le territoire, se répartir dans les hameaux de Séné au plus près de la population. Une sorte de "douane de proximité". Proximité qui aboutira à de nombreux mariages entre enfants de douaniers et jeunes Sinagots et Sinagotes.

 1841 Bourg douanier familles

 

Poste de Gorneveze

Le dénombrement de 1841 ne parle pas de caserne mais de "Poste de Douane" pour recenser les familles de douaniers logés à Gorneveze.

Gorneveze poste

Le poste regroupe un brigadier, un sous-brigadier et 10 préposés aux douanes et ne mentionne aucune famille. On peut penser alors à un effectif de "célibataires" logés dans une caserne. Où était-elle ?

La cadastre de 1844 mentionne une guérite en bordure de la saline de Morboul dont on a une vue anicenne car aujourd'hui elle est disparue, et un bâtiment de l'autre côté de la rue.

Etait-ce la "caserne" ou bien ces douaniers logeaient-ils au village de Gorneveze ?

1844 Morboul salines Douanes

 

Gorneveze guerite

 

Le poste de Gorneveze et son effectif de douaniers devait à la fois surveiller les salines du Morboul, de Languersac mais à l'opposé, les salines du Porhic et de Boëd. On peut supposer que les préposés se rendaient sur Boëd à marée basse ou prenaient une barque.

- Caserne des Quatre-Vents :

Le plus gros des effectifs de douaniers à Séné, comme nous l'indique le dénombrement de 1841, est à la Caserne des Quatre vents. La caserne abrite 1 lieutenant des douanes, 2 brigadiers, 3 sous-brigadiers, 1 receveur des douanes et 1 visiteur des douanes ainsi que 22 préposés.

Quatre Vents Effectif

La bâtiment est figuré au cadastre de 1810 et sans doute aggrandi et doté d'un poste de garde avant 1844. Le leiu semble fourni en eau potable. 

Quatre Vents 1810 1844

Vue de la Caserne des Quatre Vents au début du 20°siècle.

On y distingue le bureau du receveur.

Quatre Vents caserne

Les douaniers partis de Séné, la caserne des Quatres Vents sera réhabilitée en colonie de vacances catholique puis en logements qui existent encoure.

A ces lieux de vie et de travail attestés par des documents, Camille Rollando ajoute une localisation au Versa, à Cadouarn, Canivarch, Cariel et Montsarrac.

s l1600

Villeneuve ruine douanier

Il est vrai que les poste de guet étaient parfois très rudimentaires commesur cette photo. Sur l'île de la Villeneuve subsiste une consctuction en contre-bas d'un sentier ? Etait-ce un poste de douaniers ?

 

Ainsi en 1840-1845, Séné abrite plus de 80 agents des Douanes, dont 1 lieutenant, 8 brigadiers, 8 sous-brigadiers, un receveur et un visiteur des douanes et une vingtaine de préposés. Leur uniforme devaient être proche de ces représentations.

1835 1845 corps des douanes

 

 

 

 

 

 

 

SOCIETE POLYMATHIQUE DU MORBIHAN

ATELIER TOPOGRAPHIQUE HISTORIQUE

Château Gaillard – 2 rue Noé – VANNES

L’ANSE DU BIL DE SENE

Par Camille Rollando

AVANT PROPOS : wiki-sene présente ici un travail de Camille ROLLANDO complété d'apports photographique et cartographique.

PRÉFACE

A nos fidèles lecteurs des productions de l'Atelier topographique mis en place par la Société Polymathique du Morbihan je souhaite, pour leur plus grand profit, que la brochure n° 6 satisfasse a leur curiosité en apportant des réponses à des questions restées longtemps indécises. Tel est le cas, pour le moins, de l'un d'entre eux, en la personne de votre serviteur.

A l'époque des faits rapportés ici, les habitants de la presqu'île de Rhuys ne disposaient, pour rendre visite à la cité des Vénètes. que du joyeux « petit train du CM » et des services imprécis de quelques bus prives cahotant et ahanant dans les rares côtes les séparant du chef-lieu. Restait, bien entendu, l'initiative privée, fondée pour l'essentiel sur les vertus du char à banc et le succès, grandissant, de la bicyclette individuelle. En ce qui me concerne et compte tenu de mon très jeune âge dans le premier cours des années vingt, je bénéficiais des avantages d'une selle adaptée à ma taille et fixée sur le cadre de la bicyclette paternelle, complétée d une paire d'appuie-pieds montés sur la fourche de la roue avant. Nous utilisions couramment le « passage de Saint-Armel » où officiait Louis Le Gai à bord du « Séné » (5 sous pour la bicyclette, 2 sous par passager).

Dans l'insouciance et l'ignorance de mon âge je ne m'inquiétais guère des « contraintes de la marée » qui paraissaient beaucoup marquer les conversations des grandes personnes, déterminantes pour la fixation des heures de dépari et de retour! J'ignorais, bien entendu, l'importance de l'événement que décrit notre publication II me semblait étonnant, toutefois, qu 'en certaines circonstances nous avions, sur le trajet compris entre le carrefour du chemin d'Ozon et le pied de la colline de Montsarrac, à patauger dans l'eau. D un cote s- 'étendait un bois de pins complètement envahi par des eaux qui. dans le même temps, mondaient la cour de la ferme voisine De l'autre côté une bergerie juchée sur un monticule dominait curieusement un paysage maritimo-rural • les haies des anciens champs, encore plantées de leurs arbres et buissons émergeaient curieusement de la mer: à marée basse se distinguaient encore très nettement les sillons qui, peu a peu, se couvraient d'algues insolites. Rouler dans l'eau ne m'inquiétait guère mais lofait, malgré ma naturelle confiance en la sagesse des adultes, ne laissait pas de m'étonner quelque peu.

Le commandant Camille Rollando, aujourd'hui, répond à toutes les questions que je pus me poser dans les années qui suivirent. Son enquête exhaustive me révèle les raisons d'un phénomène qui marqua l 'étonnement mêlé d'une certaine inquiétude que je ressentais alors. L'anse de Bilherbon, extraite des eaux par la volonté des hommes, était retournée à ses destinées premières.

J'ai pris un plaisir particulier à découvrir le sujet qui fait la substance de notre publication de ce jour. Je souhaite qu 'il en aille de même pour tous.

Yves LE BŒUF.


L'ANSE DU BIL EN SENE

ENDIGAGE ET ASSÈCHEMENT

Si l'on remonte à des temps très anciens, la période préromaine par exemple, cette baie, sans doute, n'existait pas. La côte devait offrir une ligne continue et ne faire qu'un seul bloc avec les terres environnantes. Au cours des siècles, la mer a poursuivi son travail de sape et découpé le rivage en creusant cette petite rade artificielle.

Carte de Cassini : Les villages de Moustérian, Kerleguen, Kerarden, Motsarrac ou encore Cressignan et Michot sont figurés. La chapelle d'Auzon et le moulin de Bilherbon avec une roue sont précisés ainsi que les maisons au Passage. L'anse est ouverte sur le Golfe du Morbihan.

Mancel Cassini

Carte du XVIII°siècle (1771-1785) : On reconnait le cordon de terre que constitue la pointe du Bil avec à son extrémité une peit îlot. L'île de Mancel est figurée séparé par l'asne de Barbon avec au fond le moulin à marée de Bilherbon et derrière la digue l'étang d'Auzon. De l'autre rive de l'île Mancel le cartographe a figuré le "ruisseau" laissé à marée basse par la mer. Cet espace se couvre à marée haute et la mer vient entourer l'île de Mancel et mouiller la côte à Montsarrac. Au sud, un chapelet d'ilôts  est figuré dont le Pechit, Senague (la Villeneuve).

1771 1785 Séné anse Mancel Bil

D'après les croquis datés du début du XIXème siècle, voici comment devait se présenter l'anse du Bil avant que la main de l'homme intervienne.

Venant du golfe, la mer pénètre entre l'extrémité du Bil de Moustérian à gauche et un îlot appelé Bechic à droite. Celui-ci est séparé de l'île de Peschit ou Senage que nous appelons aujourd'hui le Trech. Bot-Spemen est lui-même un îlot qui, comme son nom l'indique, est couvert de landes et de ronces (en breton : bosquet d'épineux) ; plus tard un large muret en maçonnerie le reliera au village de Montsarrac. On ne sait pas très bien à quelle époque il a été édifié, mais nous avons connaissance d'un procès-verbal d'experts maritimes, en date du 24 novembre 1786, venus constater l'état de vétusté de l'embarcation du passeur de Saint-Armel et réclamant la construction d'une chaussée pour faciliter l'embarquement des bestiaux.

TOPOGRAPHIE DU SITE

L'anse du Bil est située entre le bourg de Séné et le passage de Saint-Armel. Reportons-nous à la reproduction partielle d'une carte levée en 1820 par l'ingénieur hydrographe Beautemps-Baupré. (Cf.- carte page 2).

On y voit la baie, avec l'îlot Mancel en son milieu, ceinturé par les villages de Moustérian, Auzon, 1       Kerleguen, Kerarden et Montsarrac. En en faisant le tour, dans le sens des aiguilles d'une montre à partir del'embouchure, on laisse à gauche les anciennes salines de Moustérian, Auzon avec sa petite chapelle... Pour la petite histoire, ce hameau était autrefois une métairie noble qui appartint successivement de 1530 à 1781 aux sieurs Garlot (ou Curso), du Fossé et de Francheville. La chapelle, dédiée à saint Sébastien, fut édifiée près de la ferme-manoir ; elle a dû disparaître vers 1840-1846 car une partie de ses matériaux servirent à la construction de la chapelle de Kerarden en 1846 et dans laquelle on a transféré les statues de saint Roch et saint Sébastien. Emest Rialan, de la Société Polymathique du Morbihan (S.P.M) y a vu ses ruines en 1856, dans lesquelles il a découvert de nombreuses tuiles à rebord (tegulae) ainsi que des pierres brûlées par le feu, ce qui laisse à penser qu'il y avait là auparavant une habitation romaine.

Au fond de la baie existait autrefois un moulin de mer dit moulin du Herbon avec sa digue de retenue qui, plus tard surélevée et renforcée, deviendra le chemin d'intérêt communal IC 99, appelé chemin de Vannes à Pencadénic. Ce moulin, qui fonctionnait au rythme des marées, est signalé vers 1780 sur les cartes de Cassini (géographe de Louis XV) mais on n'en trouve aucune trace dans les archives. On peut raisonnablement penser, qu'à l'instar de celui de Cantizac, il était une dépendance de la sieurie noble d'Auzon.

On longe ensuite la côte ouest de Montsarrac puis on arrive à Bot-Spemen où sera plus tard construit, par le comte de Castellan, un château, actuellement propriété d'un industriel parisien.

Nous arrivons enfin au Peschit pour fermer la boucle. Ce site, bien connu des archéologues de la S.P.M. a été prospecté entre autres, par le Dr Lejards, le Cdt Baudre, Y. Rollando et Y. Coppens qui y ont découvert de nombreux vestiges d'augets et fours à augets gallo-romains. Beaucoup de ces objets sont d'ailleurs entreposés dans notre Musée.

DES PROJETS AMBITIEUX

L'histoire de l'anse du Bil a ses origines dans la 2° moitié du XVIIIème siècle, vers la fin du règne de Louis XV. A cette époque, les finances de la France, conduites par le chancelier de Maupeou et l'abbé Terray n'étaient guère brillantes. Ils décidèrent de prendre un certain nombre de mesures et parmi celles-ci, la promotion des produits du sol. Encouragées, des sociétés d'agriculture virent le jour dans tout le pays. En 1770, Parmentier vulgarise la pomme de terre. Des économistes suggérèrent d'assécher des marais afin de gagner des terres agricoles et l'Etat proposa d'accorder une exemption de dîmes et d'impôts pendant 20 ans à ceux qui réaliseraient ces assèchements. C'est ainsi que le financier nantais Graslin procéda avec succès à cette opération sur les marais de Donges et de Savenay. L'idée était bonne, d'autres la reprirent, en particulier un autre nantais, Pierre Joseph Couillaud de la Pironnière.

Période ancien régime :

Ce financier conçut le projet ambitieux d'assécher une bande de 1 300 hectares sur le pourtour du Golfe du Morbihan, dont l'anse du Bil. Les terrains furent concédés par ordonnance royale le 1er mai 1770, sous condition que l'assèchement soit effectué dans un délai de 10 ans. Mais M. de la Pironnière dut capituler devant l'hostilité générale des paroisses riveraines et à l'expiration du délai, présenta un nouveau projet plus modeste. Cette nouvelle concession fut accordée par un arrêté du Conseil d'État en date du 12 décembre 1780, avec les mêmes conditions de délais d'assèchement. Mais les réactions furent aussi violentes et M. de la Pironnière, déjà valétudinaire, mourut vers 1785. Sa veuve, héritière des droits, n'eut pas le courage de poursuivre et, avec la période révolutionnaire, le projet demeura en sommeil durant une vingtaine d'années.

1700 Anse du Bil

Sous l'Empire :

Il refait surface sous l'Empire avec les sieurs Martin et Lorois de Nantes. Ce dernier avait jeté son dévolu sur les marais du Poul en Saint-Armel et surtout l'anse du Bil en Séné, qui nous intéresse ici. Il écrit donc une longue lettre, en date du 5 octobre 1821, au préfet, comte de Chazelles, pour demander l'acquisition d'une anse qu'il signale comme improductive et recouverte à chaque marée, et réaliser son assèchement.

Pour appuyer sa requête, il en montre les avantages :

1.- Augmentation de la matière imposable en rendant productif un terrain inutile : d'où avantage pour l'État.

2.- En livrant à la culture une quantité considérable de terrain (100 hectares).

3.- En employant pendant longtemps un grand nombre d'ouvriers.

Malgré les oppositions des riverains, le préfet émet un avis très favorable.

Cadastre napoléonnien : 

1810 Mancel

 

A la Restauration :

L'ENTENTE EST LOIN D'ÊTRE CORDIALE

-21 Janvier 1822 : Réaction du conseil municipal de Séné.

             ... Il fait valoir les préjudices que l'assèchement entraînerait... les marins riverains du village de Moustérian n'ont d'autres mouillages pour leurs chaloupes, par mauvais temps, que la lande du Bil... si l'entrepreneur ne leur fournit pas un autre port, 24 chefs de famille seront obligés de quitter leur village... les laboureurs du même village éprouveraient la perte d'un marécage qui s'étend jusqu'à la métairie d'Auzon et qui sert de pâturage à une centaine de bestiaux à marée basse... que les habitants de Kerleguen, Kerarden et Montsarrac seraient privés du « béhain » qui sert habituellement d'engrais pour amender les champs...

Le 24 juin 1824, le ministre des Finances demande au préfet de lui fournir un rapport détaillé sur cette affaire et lui donner son avis ainsi que celui des personnes compétentes.

-          7 Juillet 1824 : Ordonnance du roi Louis-Philippe.

... Vu la demande des sieurs Martin et Lorois de la concession de sept lais de mer faisant partie de celles concédées précédemment au sieur Couillaud de la Pironnière (qui n'a pas rempli les conditions de la concession).

...Vu les avis favorables du préfet du Morbihan, du directeur des Ponts et Chaussées, du directeur de l'administration des Domaines.

...Vu l'article 41 de la loi du 16 septembre 1807 qui laisse, en dernier ressort, au gouvernement le soin de concéder les marais, lais et relais de mer.

...Donne son accord et concède au sieur Edouard Lorois l'anse du Bil située sur la commune de Séné, contenant environ 100 hectares, sous certaines conditions rédigées en 10 articles... en particulier que le dessèchement et l'endigage devront être effectués en trois ans et que tous les frais de défrichement seront à sa charge.

Un procès-verbal de reconnaissance est délivré, signé par le maire et deux membres de son conseil, l'ingénieur des Ponts et Chaussées et le représentant du préfet.

L'ENDIGAGE, UN TRAVAIL DE TITAN

Les travaux commencent très rapidement pour se terminer vers 1827, mais en réalité, les finitions et l'assèchement se poursuivent jusqu'en 1830. L'ouvrage principal est une digue de 200 mètres de long, 15 à 20 mètres d'épaisseur et 5 à 6 mètres de haut au milieu du chenal.

Un système de vannage est installé, qui aura un double effet, soit laisser entrer une certaine quantité d'eau de mer pour alimenter les salines de Billorois situées dans les terres basses, soit au contraire pour évacuer les trop-pleins d'eau douée vers la mer. Cette digue barre le passage entre le Bil de Moustérian et l'îlot Bechic. Un remblai de maçonnerie appelé petite digue sera établi entre Bechic et le Peschit, passage relativement étroit et peu profond. Un certificat « ad hoc », en date du 31 juillet 1834, de l'ingénieur de l'arrondissement du Sud certifie que « les travaux fort difficiles ont été bien exécutés et n'ont été terminés qu'en 1830, date à laquelle l 'endigage et l'assèchement sont complets ». 

Cadastre 1844 : ainsi apparait le polder une fois construite la digue "Lorois". La caserne des douanier à Bilorois est figuré sur l'île de Mancel.

1844 Mancel

Foto Anse du BIL

 

LA VALSE DES PROPRIÉTAIRES

Edouard Lorois, né en 1792, mène parallèlement une carrière préfectorale. Sous-préfet de Châteaubriant en 1815, il est nommé préfet de Vannes en 1830, puis conseiller d'État de 1843 à 1848, date à laquelle il sera révoqué à l'avènement de la IIème République. Ce sont ces activités importantes qui vont l'amener, sans doute, à vendre ses biens quelques années plus tard ;

-Le 31 août 1833 : II cède les 2/3 de sa propriété au sieur Augustin Septiivres, c'est-à-dire la ferme de Bilherbon avec ses dépendances (66 hectares). L'ensemble comprend :

1.- Des biens immeubles dans la partie dite du « Bil Lorois », à l'exception des marais salants et de leurs dépendances ainsi que la caserne des Douanes en construction.

2.- Dans l'étang du Herbon, chaussées et dépendances achetées en 1822 à Louise Le Courvoisier, Vve Le Blanc Lacombe.

3.- Divers autres bâtiments construits par M. Lorois sur des parcelles achetées à des particuliers. -             Toute cette propriété passera par la suite entre les mains de MM. O'Murphy, de Castellan et de Bouan du ChefduBos.

- Le 5 Septembre 1835 : II vend le 1/3 restant à M. de Castellan qui le cède, à son tour, à M. de Bouan, son cousin (la mère de M. de Castellan était née Anne Sophie de Bouan) qui va exploiter la propriété jusqu'à la fin du siècle. Les cultures pratiquées seront celles classiques de la région : blé, avoine, pommes de terre, choux et même du jonc utilisé pour ligaturer les gerbes de blé. Bien entendu, herbages et pâturages pour les ovins et bovins. Plus tard on verra un élevage de chevaux de boucherie.

Les décennies suivantes seront une période faste pour cette partie de la commune. Outre l'exploitation intensive de ces nouvelles terres agricoles, une usine de produits chimiques vient s'implanter à la Garenne près de Montsarrac en 1853, à l'initiative des frères Lagillardaie, négociants à Vannes. Cette usine, destinée à transformer les goémons et varechs en sulfate de potasse, chlorure de potassium, iode, brome, alun, chlorure de sodium, etc., utilise une main-d'œuvre non négligeable.

Cadastre en 1866 : Le trait noir épais montre les chemins et la voirie. 

 

 1866 Mancel anse

LES ENNUIS VONT COMMENCER

- Le 8 Juin 1901 : M. de Bouan vend la ferme de Bilherbon avec ses dépendances (66 hectares) ainsi que charrettes, instruments aratoires, pailles, foins, bestiaux, etc. à Mme Rohiing née Anna Eugénie Jégo et à M.Rohiing son époux, banquier en Hollande. La digue est comprise dans l'acte de vente. Le tout pour la somme de 60 000 francs. Dans l'acte, une clause stipule que l'entretien de la digue est entièrement à la charge du propriétaire.

Une partie du reste (22 hectares) sera vendue plus tard à M. Brouard, marchand de bois à Saint-Brieuc qui la cédera ensuite à M. Fleury, boucher à Vannes, M. de Bouan se réservant 14 hectares

- Le 28 Juillet 1912 : Une pétition de plusieurs cultivateurs adressée à la préfecture, signale le mauvais état de la digue de Bilherbon qui menace de se rompre et pourrait submerger environ 200 hectares. Ils signalent aussi que M. Rohiing, banquier à Amsterdam, a été prévenu mais n'a rien fait

- Le 22 Septembre 1913 : Lettre du conseiller général M. Marchais au préfet.... Il signale une fois de plus les grands dangers que fait courir l'état actuel de la digue. Il est certain qu'elle cédera à la première tempête. Il en résultera une inondation considérable... Il serait souhaitable que l'administration intervienne et fasse exécuter, au frais de qui de droit, la réfection qui s'impose. 1914 c'est la guerre ! La préfecture estimant la propriété Rohiing délaissée et mal exploitée, la fait occuper par une escouade militaire.

- Le 18 Juin 1917 : Rapport du subdivisionnaire des Ponts et Chaussées

... Il y a urgence à procéder à la réparation de la digue, pour éviter un désastre avant la prochaine marée d'équinoxe. M. Rohiing, à qui incombe entièrement les réparations, n'a pas donné signe de vie depuis longtemps et ne répond à aucune lettre... En désespoir de cause et comme les ouvriers se font rares (c'est la guerre), l'autorité militaire qui exploite la ferme de Bilherbon pourrait envisager l'emploi de main-d'œuvre militaire. Le capitaine Ferron du 35cme régiment d'artillerie, qui dirige la ferme, a visité la digue accompagné de l'ingénieur des Ponts et Chaussées.

- Le 30 Décembre 1920 : Lettre du préfet à l'ingénieur des Ponts et Chaussées.

... Il signale que le rapport de son prédécesseur est toujours d'actualité, à ceci près que la ferme n'est plus exploitée par le 35emc régiment d'artillerie, mais par M. Théodore Laudrain, cultivateur à Kerleguen... Divers autres courriers insistent sur l'état critique de la digue et devant le silence de la propriétaire, Mme Rohiing, il est suggéré la création d'une association syndicale libre.

1912 Mancel plan cadastral

PREMIÈRE RUPTURE DE LA DIGUE

Les années suivantes l'état de la digue reste précaire et ce qui devait arriver arriva : la rupture depuis si longtemps annoncée.

- Le 22 Décembre 1925 : Une effroyable tempête ravagea les côtes morbihannaises causant d'immenses dégâts à terre comme en mer. A Bilherbon, une brèche de 20 mètres s'ouvrit dans la digue et la mer en furie s'engouffra, submergeant environ 130 hectares des terres basses cultivées appartenant pour la plus grande partie à Mme Rohiing et pour des moindres parts à Messieurs Fleury et Brouard.

MOBILISATION DES PROPRIÉTAIRES EXPLOITANTS

- Le 29 Mai 1926 : Un projet d'association syndicale est rédigé par M. Charles Pleyber, géomètre expert. II est equTyal27 hectares submergés contre 23 hectares émergés. Il évalue le montant des travaux à 122 825 francs.

Voici la liste des propriétaires (gros et petits) concernés :

Mancel propriétaires

- 10 Janvier 1928 : Première assemblée générale de l'association syndicale.

Les membres qui la constituent sont : Mme Rohiing (d'office), R. Fleury Dr. Bérard, E. Savaiy, Mme de Bouan Dr Canet.Melle Robino, F. Le Franc, J-F. Le Ray, Mme Vve Noblanc et la commune de Séné, propriétaire du chemin IC 99.

Quatre personnes refusent d'adhérer au syndicat : F. Le Franc, J-F. Le Ray, la veuve Noblanc et la commune de Séné qui demande à consulter au préalable le conseil municipal.

Peu de temps après, le conseil se réunit et décide, non seulement d'adhérer mais d'octroyé,^une ^et^^^^^^^ étaient prévus.

Les statuts sont déposés le 10 mars 1928 par le président R. Fleury. Tous les fonds ayant été recueillis, la digue sera réparée sous la direction de M. Charles Pleyber, maître d'œuvre et conseiller technique du syndicat.

1927 Digue Lorois breche

1927 Travaux Mancel prévus

INERTIE DES PROPRIÉTAIRES DE LA DIGUE

- 6 Août 1929 : Assemblée générale du syndicat en présence de M. Le Corvée, adjoint au maire et le Dr. Besse conseiller général, représentant le préfet. Le bilan financier à ce jour indique 164 410 francs de recettes et 150 885 francs de dépenses. Il reste donc un avoir en caisse de 13 525 francs.

L'assemblée demande au préfet de désigner un séquestre des biens de Mme Rohiing qui se dérobe à toute communication et ne règle pas ses contributions qui se montent à 20 000 francs.

- 1er Janvier 1932 : Lettre adressée par le syndicat au préfet, faisant un historique succinct des événements. Elle indique qu'en 1901, les propriétaires du lais de mer de 65 hectares, cédé à Mme Rohiing née Anna Jégo et mariée à un banquier hollandais, devaient par contrat se charger intégralement de l'entretien de la grande digue et de sa restauration pour deux tiers de la dépense en cas de dégradations par des événements de force majeure.

En 1911, l'ouvrage montra des signes de fatigue, Mme Rohiing fit faire (mal) quelques petites réparations, s'en désintéressa jusqu'en 1914, date à laquelle elle disparut de la circulation, à tel point que, pendant la guerre, la propriété fut occupée au titre des terres vacantes par la préfecture. La guerre terminée, elle revint à Vannes percevoir le montant de ses loyers, puis on n'eut plus de ses nouvelles que par la poste restante d'Orléans, La Rochelle et Besançon. Depuis 1928, plus rien...

L'ASSOCIATION SYNDICALE SE FÂCHE

- 6 Octobre 1934 : Procès-verbal déposé au Greffe du tribunal civil de Vannes par Me Camenen à la demande de M. Charles Pleyber, pour poursuites et saisie à l'encontre de M. et Mme Rohiing.

Objet concerné : vente sur saisie immobilière de la propriété de Bilherbon comprenant : bâtiments d'habitation et d'exploitation (cours, granges, écuries, courtils, aires, jardins, prés, pâturages, terres labourables, friches, landes, marais etc.).

Amende de 5 000 francs à payer à M. Pleyber.

La saisie immobilière est signifiée aux consorts Rohiing ayant demeuré à Bordeaux n° 3 rue Gobineau et actuellement sans domicile en France.

L'ensemble de la propriété est cadastrée du n° 184 au n° 313 et concerne Bilherbon, Billorois et le Bechic pour une superficie totale de 63 ha 65 a 83 ça.

Origine de la propriété : Melle Anne Eugénie Jégo, demeurant à Bordeaux, n° 3 rue Gobineau pour l'avoir acquise de M. Henri du Bouan du Chef du Bos et de Mme Anna du Gargouet, son épouse, demeurant ensemble au Val Bouan, commune de Planguenoual (Côtes du Nord).

La vente est faite pour payer les créanciers. - Art. 20.- la propriété est englobée dans le périmètre de l'association syndicale du lais de mer de Bilherbon, chargée de l'entretien des ouvrages de défense contre la mer. - Art. 21.- la mise à prix initiale sera de 35 000 francs en un seul lot.

- Novembre 1934 : Lettre de l'association syndicale au préfet.

Elle dit ceci : l'association a été créée par arrêté préfectoral du 10 mars 1928 pour la restauration de la digue détruite le 22 décembre 1925 et pour la défense contre la mer qui avait envahi 150 hectares. L'association comprenait 10 propriétaires (plus la commune), dont Mme Rohiing possédait la moitié du terrain. Elle avait totalement disparu depuis 1914 et n'a pas participé financièrement aux travaux. Les dernières réparations dataient de 1910 et c'est à cause d'elle que s'est produit le désastre. En conséquence, la propriété sera vendue le 18 décembre prochain.

La vente se fait à la bougie. A la première bougie l'enchère monte à 52 000 francs. Deux autres bougies sont brûlées sans succès. Finalement la propriété est adjugée pour la somme de 52 000 francs à M. Le Peivé Pierre, veuf de Marie Josèphe Périgault. La vente est enregistrée à Vannes, le 22 février 1935.

Vers la même époque, M. Le Boleis achète la ferme de la Villeneuve et ses dépendances à M. Fleury (32 ha 84). - 22 Novembre 1936 : Réunion du syndicat pour discuter d'une contribution extraordinaire de ses membres dans la perspective de travaux de maçonnerie au titre de l'année 1937.

Sont concernés :

Mancel vente rohling

À PEINE CICATRISÉES, LES PLAIES SONT ROUVERTES

 

DEUXIÈME RUPTURE DE LA DIGUE

Article de presse 20 mars 1937

1937 03 20 Séné TempeteLe 14 mars 1937, une violente tempête, conjuguée avec la marée de vives-eaux précédant la grande marée d'équinoxe, provoque une énorme brèche dans la grande digue. - 15 Mars 1937 : Rapport du maréchal des logis Le Diagon.

... Le 14 mars 1937, la digue de Montsarrac s'est rompue sur une longueur de 15 mètres environ. La ferme de Bilherbon a été mondée. Le propriétaire a pu évacuer à temps sa famille et ses bêtes. Les maisons du « Purgatoire » ont été mondées également à marée haute. Les villages de Montsarrac et Kerarden sont actuellement isolés. Les chemins V.O. n° 3 de Michotte et V.O. n° 4 du Purgatoire sont submergés... - 20 Mars 1937 : Rapport du président de l'association au préfet.

... La digue, d'une longueur de 200 mètres, a été recouverte le 14 mars 1937 par les vagues qui ont débordé sa crête et provoqué de nombreuses brèches dont la principale a 40 mètres de longueur au point le plus élevé.

...C'est là, d'ailleurs, que s'était produite la brèche de 1925. Elle s'est produite vers 06 h 30 du matin ; la mer s'est précipitée en torrent sur les terres basses où paissait un troupeau de moutons que le propriétaire eut du mal à sauver et dont il dut se défaire à bas prix dans la journée, faute de trouver des locaux pour les abriter. La marée a recouvert tout le terrain situé entre les digues et le chemin I.C. 99, puis entre celui-ci et le chemin vicinal de Kerarden. Les terres basses seraient laissées sous l'emprise de la mer (105 hectares), réparties entre 6 propriétaires dont Le Peivé 54 hectares et Le Boleis 25 hectares. Cette surface inondée pourrait être utilisée pour la pêche professionnelle à leur bénéfice, en attendant une autre solution... - 1er Juin 1937 : Lettre de l'association syndicale au préfet.

Si aucune mesure de protection n'est prise avant l'hiver, la transformation de la presqu'île de Montsarrac en plusieurs îles, entraînant la destruction de quantités de propriétés, est une chose à envisager, par le résultat de la jonction du lais de mer de Bilherbon avec la rivière de Noyalo... - 24 Novembre 1937 : Compte-rendu de l'assemblée générale du Syndicat.

On donne lecture d'une lettre du préfet relative à l'établissement d'une vanne automatique sur l'aqueduc du chemin I.C. 99. Cette vanne avait été demandée par le syndicat pour évacuer les eaux douées entre deux marées.

... Le syndicat maintient sa demande de reconstruction de la digue ; sinon, une juste rémunération en compensation de la perte de leurs terres inondées, dont le retour au domaine public maritime doit devenir, pour l'État, une source de bénéfices du fait de l'ostréiculture...

- 10 Juin 1938 : Lettre de l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.

... La digue fut établie vers 1927 pour isoler environ 100 hectares concédés par une ordonnance royale de 1824. Entretenue jusqu'au début du XXème siècle par les propriétaires du lais de mer qui ne purent s'entendre sur la répartition des frais... la digue fut plus ou moins délaissée... la digue est rompue le 25 décembre 1925... le chemin I.C. 99 est submergé à chaque vive-eau et rehaussé en 1927... la digue fut reconstruite en 1928 grâce à une association syndicale.

La dépense s'éleva à 166 000 francs ; elle fut supportée par l'État (90 000 francs), le département (24 000 francs), la commune (12 000 francs) et les propriétaires (40 000 francs). Seule parmi les concessionnaires, Mme Rohiing, qui possédait la majeure partie des terrains, n'a pas participé aux frais. L'association prit les frais d'entretien à sa charge mais en 1933, elle déclara n'avoir plus de ressource et, de ce fait, délaissa le barrage qui fut rompu une deuxième fois en 1937. - 21 Août 1938 : Assemblée générale du syndicat, en présence de M. Ménard, maire de Séné.

- Membres présents : MM. Le Boleis, Laudrain, Le Peivé, Kerrand.

- Membres absents : Mme Vve Noblanc, Dr. Bérard, MM. Pleyber, Savary.

... On évoque la rupture de la digue, ce qui a eu pour conséquence que les terrains sont devenus à nouveau domaine maritime jusqu'au plus grand flot de mars... les dommages causés aux biens et aux récoltes... malgré les critiques concernant l'entretien de la digue, on s'accorde pour dire qu'il a fallu un cataclysme comme le raz de marée du 14 mars 1937 (jamais vu en Bretagne) pour provoquer la rupture...

Le maire indique que si les membres de l'association veulent entreprendre la reconstruction de la digue, l'administration est disposée à verser la somme de 300 000 francs. Les membres du syndicat déclarent être dans l'impossibilité de faire un effort pécuniaire supplémentaire... ils demandent l'exonération des taxes foncières sur les terres envahies et sur les immeubles maintenant improductifs.

Les choses restèrent en l'état. Un an plus tard éclatait la seconde guerre mondiale de 1939-1945. On peut imaginer l'amertume et la désillusion des principaux fermiers qui avaient tant oeuvré pour mettre ces terres en valeur. On réalise aussi combien l'Homme reste fragile face aux déchaînements des éléments, lorsqu'il se met en tête de contrarier la nature.

Ces dramatiques événements ont naturellement trouvé de larges échos dans la Presse de l'époque. Avant de clore cette petite histoire de l'Anse du Bil, voici un article paru en fin de 1926 dans un journal que je crois être le « Nouvelliste du Morbihan ». Il est écrit dans le style emphatique et alambiqué propre à cette époque, et est intitulé : « La Leçon du Passé ».

 

 

LA LEÇON DU PASSE

Vers 1830, un gentilhomme breton, M. de Castellan, dont la vigoureuse nature s'accommodait mal du régime romantique, alors en faveur à Paris, quittait la capitale pour venir accomplir chez nous une besogne de titan. Ses propriétés s'étendaient en bordure de vasières longeant la côte de Séné à Montsarrac. L'une d'elles, d'une superficie de plus de 300 hectares, s'ouvrait sur le golfe par un goulet large d'environ 200 mètres.

Tant de terrain perdu mettait la mort dans l'âme du gentilhomme campagnard, aussi résolut-il de le récupérer en fermant le goulet. Pendant plus de deux ans on y travailla ferme. La main-d'œuvre était réduite, les fonds très limités ; la besogne formidable, puisqu'il s'agissait d'opposer au flot un massif de maçonnerie de la longueur du goulet et large de plus de 30 pieds. Parfois la tempête et les fortes marées d'équinoxe anéantissaient en quelques heures le travail de plusieurs mois mais, grâce au courage indomptable des travailleurs, un jour vint où les lames impuissantes se brisèrent à la solide barrière et l'on put, dès lors, se livrer à l'aménagement du terrain conquis.

Plus de 300 hectares furent ainsi mis en culture, modifiant avantageusement ce quartier de la commune de Séné dont l'importance s'accrut, bientôt de quelques fermes et d'une agglomération : le village de Bilherbon. Les prairies furent bordées de pins, les champs plantés de pommiers ; la vasière drainée s'écoula par un charmant ruisseau. Bref, ce fut un Eden à la place du marais pestilentiel.

Cette victoire péniblement remportée sur les éléments - épisode héroïque de la lutte incessante des paysans morbihannais contre la mer envahissante - et qui paraissait devoir apporter aux habitants de Bilherbon une paix définitive, devait malheureusement, 100 ans après, être suivie d'un désastre retentissant.

Le 25 décembre 1925, une tempête formidable s'abattait sur nos côtes. Notre journal en rapporta les échos lamentables : toitures enlevées, arbres déracinés, etc. A Bilherbon, ce fut un cataclysme.

Dès les premières rafales, on s'était inquiété. La digue, qui, avouons-le, n 'avait pas eu les soins nécessaires de la part de ceux qui, pourtant, lui devaient leur aisance, reçut de rudes assauts.

La tempête redoublant d'intensité et la pression des eaux devenant irrésistible, une brèche se produisit. On essaya bien de la combler, mais les conditions de travail étaient telles que l'on dut abandonner tout espoir d'arrêter le flot mugissant qui, libéré, alla fouiller de son écume blanche son domaine d'autrefois.

Des arbres furent fauchés, des maisons s'écroulèrent; les habitants s'en échappèrent à grand'peine. Le lendemain, l'état des lieux était tel qu'avant la rude entreprise du comte de Castellan.

L'émotion fut énorme dans toute la région. On porta largement secours aux malheureux sinistrés - plus de 10 familles ruinées -puis les jours passèrent : on oublia. Les gens du pays n'approchèrent que le moins possible de la région dévastée et bientôt l'on n 'y vit plus que quelques touristes appelés là par le goût perverti du pittoresque macabre. Une année s'est écoulée. Où 'a-t-on fait pour Bilherbon ? Nous sommes allés nous en rendre compte.

Il pleut, il vente : hiver 1926. Là-bas, le spectacle est encore plus catastrophique qu'en 1925. Les maisons rendues squelettiques par les coups impitoyables des tempêtes successives évoquent les plus sinistres illustrations de la guerre. IL 'eau salée et corrosive a couvert d'une hideuse lèpre rougeâtre tout ce qu'elle a touché. Les algues desséchées, marquant l'étiage des fortes marées, pendent lamentablement sur les tiges des arbres morts. Au bruit que nous faisons pour sortir des fondrières de la route un maigre paysan sort de sa maison. A notre approche, il disparaît dans un chemin bourbeux, fuyant comme un pauvre.

Un passant nous renseigne. La route de Montsarrac et celle de Michotte qui traversent le quartier de Bilherbon, sont de véritables routes du front. Par fortes marées elles sont coupées par les eaux et leur emploi devient précaire et même dangereux. Les villages de Kerdren et Kerleguen plongent dans l'eau bourbeuse leurs silhouettes déchiquetées. Le mal est incalculable. Voyons la blessure ! 1

De la route de Montsarrac, éloignée d'environ 500 mètres - elle semble insignifiante -petite brèche dans la barre noire de la digue. Vu de près, elle n'apparaît guère formidable. Qu'est-elle, comparée à la trouée formidable à laquelle s'attaqua le vaillant Castellan ?... Tout au plus une vingtaine de mètres à combler et ce, cela avec les outils merveilleux que la science met, de nos jours, entre les mains des travailleurs.

Alors que penser ? La leçon du courageux ancêtre n'aura-t-elle donc point porté des fruits ? On nous dit bien : c 'est une question d'argent qui empêche que le malheur soit réparé tout de suite... Il faudrait plus de 100 000 francs pour remettre la digue en état. Mais qu'est-ce 100 000 francs en regard des 300 hectares perdus ? Le département ne peut-il desserrer les cordons de sa bourse et serait-ce là pour lui un mauvais placement ?

Du reste, les propriétaires sinistrés ne semblent pas vouloir bouder à la besogne. Ce qui les empêche de se mettre immédiatement à l'œuvre, c'est la lourde charge qu'ils ont à assumer. Alors venons-leur en aide. Que le département fasse un geste généreux ; la commune de Séné n'est pas riche, mais elle se saignera à blanc pour secourir ses enfants de Bilherbon. Les Ponts et Chaussées, qui sont toujours sur la brèche, ne pourront moins faire que d'apporter leur concours éclairé et, sous peu, si chacun y met du sien, les mânes du comte de Castellan, qui avaient frémi à l'heure du cataclysme, pourront reposer en paix. (1).- Le Nouvelliste du Morbihan ? ? fin 1926.

QUELQUES REMARQUES

Cet article qui relève d'un bon sentiment, puisqu'il appelle à ne pas oublier, comporte toutefois de grossières erreurs que je me dois de rectifier.

Il ressort de tous les documents que j'ai consultés que la concession a été accordée à Edouard Lorois à charge pour lui d'exécuter les clauses du contrat, ce qu'il a réalisé dans les délais.

Le comte de Castellan n'est donc pour rien dans la construction de la digue. D'ailleurs Louis Joseph de Castellan est né à Quintin dans les Côtes du Nord en 1815. Il avait donc neuf ans au moment où ont commencé les travaux d'endigage et douze ans quand ils ont été terminés. M. de Castellan est décédé le 11 août 1891, à l'âge de 76 ans, en son château de Bot Spemen. On peut voir sa tombe à l'entrée du cimetière de Séné.

Il est également exagéré de parler d'une propriété de 300 hectares dans l'anse du Bil. Les terrains concédés en 1824 à Edouard Lorois avaient une surface de 100 hectares. Ils passèrent ensuite entre les mains de Augustin Septiivres puis M. O'Murphy avant d'être cédés à M. de Castellan qui les cédera à son tour à son cousin M. de Bouan.

Camille ROLLANDO

oooOooo

Sources : Archives Départementales du Morbihan S 1568

VESTIGES DE LA DIGUE :

Vue aérienne à marée basse :

Mancel IGN

Carte postale :

Séné La Garenne La Villeneuve

Pilier sur l'île Pechit  

Digue Lorois pilier

Système de vannes : 

Digue Lorois vanne

Digue de pierre entre la Villeneuve et Pechit: 

Digue Lorois vestige 2