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mercredi, 10 janvier 2018 14:44

L'enclos de Lestrénic à Saint-Laurent

Le quartier de Saint-Laurent au nord de notre commune est riche de son patrimoine. La Croix de la Brassée est fièrement dressée non loin de la Grotte de Saint-Jean. Près de la Chapelle de Saint-Laurent, une vieux manoir en style morbihannais fièrement restauré, qui ne sera pas confondu avec le Château de Lestrénic, reconstruit en lieu et place de l'ancien Manoir de l'enclos de Lestrénic, situé à l'opposé du Calvaire de Saint-Laurent. Le promeneur pourra également rechercher des puits de pierre encore visibles aujourd'hui et les autres belles demeures du quartier de Saint-Laurent. Lire les articles dédiés.

En résumé : L'ancien manoir de Lestrénis ou Lestrenic (XVIIème siècle),fut  restauré au XIXème siècle. Il est aussi surnommé "Saint-Laurent". Construit par l'évêque de Nantes, Jehan de Malestroit. Cette propriété est vendue en 1450 par Jehan de Vannes au duc Pierre II. Certains écrits prétendent aussi que le château a été édifié par Pierre II en 1431. Abandonné, ses ruines sont rasées en 1614 et Louis XIII donne ses pierres aux Capucins de Vannes afin de pouvoir édifier leur couvent de Calmont-Haut. Le manoir est cédé en 1634, sous le nom de Saint-Laurent, aux jésuites du collège de Vannes.

Des ruines ont construit un nouveau château. Le nouvel édifice est vendu comme bien national en 1793 à M. Périer négociant de Lorient. Il devient, par la suite, la propriété successive des familles Bastide, Boulard et Eudon de Rohan Chabot (depuis 1975). Lire article sur le Château de Lestrénic.

Pour approfondir : Lhistoire de l'enclos de Lestrénic, propriété voisine de la Chapelle de Saint-Laurent, est très probablment ignorée de la plupart sinon de la totalité des Sinagots...Et pourtant, voici ce que nous avons découvert à ce sujet.

Ainsi débute un article de l'abbé Joseph LE ROCH paru dans un numéro du bulletin paroissial, Le Sinagot.

"A l'est de la chapelle et du village de Saint-Laurent, s'étend, jusqu'à longer la rivière en contre-bas, face à la commune de Theix, un vaste enclos aux murs croulants, signalé dans le cadastre sous le nom d'Enclos de Saint-Laurent".

Les ouvrages généraux sur le Morbihan n'en parlent pas et son ancien nom ne se trouve ni dans la récente nomenclature des lieux-dits, ni dans le plus ancien dictionnaire topographique du savant archiviste Rosenweig. Les habitants du village eux-mêmes l'ignorent, et pourtant ce domaine à une longue histoire puisque, avant d'appartenir aux Jésuites du Collège de Vannes, il relevait d'un manoir ducal.

Etymologie :

Il s'appelait Lestrénic et ce nom apparaît dans les archives avec des variantes : Lanstrénic, Lestrénic, Lestrénic-Saint-Laurent. Cette dernière forme rend son identification absolument indiscutable. On a voulu l'expliquer par la présence, au bas de la propriété, du chenal de Saint-Léonard. Ce serait une corruption de "Er Stéric", le "petit étier. Malheureusement cette étymologie est inacceptable.

Le mot se décompose en deux éléments : Lez et Drenic. Le premier est très répandu dans les noms bretons et signifie "résidence seigneuriale". Le second est davantage discutable. Souvent, après le mot Lez vient un nom propre d'homme, celui du seigneur fondateur. Ici, ce serait alors un certain Dren oiu peut-être Audren, sous la forme diminutive, et nous aurions donc "la résidence du petit Dren ou Audren". Mais souvent aussi le Lez est suivi d'un qualitifcatif du lieu, comme Les-Coat, "la résidence du bois". Drenic serait pour Drenec ou Dreneux, qui dénomme une île du Golfe et maints autres lieux. Le radical Dren signigie "ronce" et Drenec est "un lieu couvert de ronces". Les-Drenc devient "la résidence de la ronceraie", ainsi désignée parce que, avant l'implantation d'un manoir, l'endroit était abandonné à une végétation sauvage. C'est ce sens qui nous parait le plus vraisemblable.

Genealogie des derniers Ducs de Bretagne Maison des Montfort

Bretagne Ducs genealogie

La manoir ducal : 

Pierre II de Bretagne BNF NB C 181416On ne sait rien de précis sur les origines du Manoir de Lestrénic, sinon que dans la seconde moitié du XV°siècle, il appartenait aux Ducs de Bretagne. Mais ce que nous savons, c'est que le Manoir de Lestrénic n'est devenu ducal qu'au temps de Pierre II de Bretagne, par un contrat de vente en bonne et due forme entre Pierre II, d'une part et Jehan de Vannes et sa femme, Perrine de Couldebouc, d'autre part, en 1450. Une conclusion : il faut exclure une fondation de Lestrénic antérieure à cette date : par Jean 1er Le Roux (1237-1286) ou son fils Jean II (1236-1305) dont le nom est attaché à une grotte et une croix voisine (croix de la Brassée). La première mention de Lestrénic figure dans le testament de Jean IV, daté de 1385, à l'intérieur du nom de Pierre de Lestrénic, qui était un de ses proches serviteurs. Mais il est impossible de discerner s'il était seigneur ou simple occupant du lieu.

C'est parce que cette résidence aux portes de Vannes plaisait tellement aux Ducs que Pierre II ne voulait pas se contenter d'en jouir de temps en temps comme son père, Jean V, mais qu'il désira la posséder. dans ce contrat de vente daté du 24 avril 1450, il est stipulé que Jehan de Vannes et sa femme dèdent, en toute liberté, au duc Pierre II, "un manoir et hébergement de Lestrénic, situé en la paroisse de Séné, près de la ville de Vannes, avec tous ses maisons, édifices et appartenances", moyennant la somme de 1200 réaux d'or qui leur sera versée par son trésorier Guillaume de Bogier. Et le luxe des formes employées dans le contrat de vente, pour en souligner l'entière liberté, laisse entendre que le désir de Pierre II était si fort qu'on pouvait soupçonner une pression de sa part. Un autre détail prouve que ce n'est pas sans regret que Jehan de Vannes et sa femme se séparaient de leur propriété : au cas où le Duc viendrait à s'en désaisir, il était spécifié qu'elle serait cédée à personne d'autre qu'aux vendeurs ou leurs héritiers.

Or, nous avons, par ailleurs, que Jehan de Vannes appartenait à une famille noble qui possédait les seigneuries de Scolpo (Colpo) en Bignan et de Cano en Séné. Il était Procureur et Contrôleur Général du Duc en 1439 et Président aux Comptes en 1442, donc l'un des plus hauts fonctionnaires. La famille de sa femme, également noble, était possessionnée dans la région de Redon. Ils avaient eux-mêmes acquis Lestrénic de Messire Jehan de Malestroit, "héritier de feu Révérend Père en Dieu, Jehan, évêque de Nantes et Chancellier de Bretagne.

Et puis, on constate que Jean V a signé à Lestrénic des actes en dates du 11 août 1437 et du 3 janvier 1441. C'est également, de Lestrénic, qu'un de ses successeurs, François II, accordera à Françoise d'Amboise, le 19 juin 1462, l'autorisation de fonder un couvent de Carmélites à Notre-Dame du Bondon. A cette époque, Lestrénic était donc bien, mais depuis peu de temps, propriété ducale.

Jean de Malestroit tombe NantesDans les comptes du Duc, à la date du 16 juillet 1431, figure un mandat de paiement "à Monseigneur le Chancellier pour lui aider à édifier son hôtel de Lanstrénic, près Vannes, à ce que le duc y peut aller à l'ébat". Le Chancellier, second parsonnage du duché, était alors un ancien chamoine de Vannes, Jehan de Malestroit, devenu successivement évêque de Saint-Brieuc et de Nantes. Le texte semble donc indiquer que le manoir lui appartenait et était alors en construction. Le duc lui accorde une aide en argent parce qu'il tenait la possibilité de jouir de cette propriété pour s'y divertir et s'y reposer. De tout ceci, il est normal de conclure que ce fut ce dernier, Jehan de Malestroit qui fut le constructeur du manoir de Lestrénic.

Jehan ou Jean de Malestroit est archidiacre du diocèse de Nantes. Il est élu évêque de Saint-Brieuc en 1405, puis entre au conseil privé du duc, puis devient gouverneur général des finances de Bretagne en 1406, Premier Président de la Chambre des comptes de Bretagne au début de l'an 1408, puis Chancelier du duc et Trésorier-receveur-général du duché de Bretagne quelques mois plus tard. Il est transféré au diocèse de Nantes le 17 juillet 14193.

En tant qu'évêque de Nantes, il lance, avec le duc Jean V, le chantier de construction de l'actuelle cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Le duc et l'évêque en posent la première pierre le 14 avril 1434. (Source wikipedia).

La belle période du manoir : 

Au XV°siècle, les témoignages se multiplient qui font de Lestrénic une des résidences favorites des Ducs de Bretagne quand ils séjournaient à Vannes. On prétend que Jean V et la duchesse Jeanne de France s'y trouvaient quand, en 1418, Saint Vincent Ferrier fut accueilli à Saint-Laurent. (..alors qu'ils n'en étaient que les hôtes et non les propriétaires).

C'est à cette époque aussi que le duc Pierre II fit construire une canalisation pour alimenter en eau le manoir. Cette canalisation partait de la métairie du Guern en Saint-Nolff qui appartenait à un seigneur d'Elven nommé Jehan de Camarec. En compensation, cette terre fut anoblie et donc exemptée d'impôts. C'est ce qu'affirment les rapporteurs chargés de relever les terres nobles de la paroisse de Saint-Nolff. On peut donc conclure que tout au long du XV°siècle, les Ducs de Bretagne n'ont cessé de témoigner de l'intérêt au manoir de Lestrénic.

La décadence :

Avec le rattachement de la Bretagne à la France, le manoir de Lestrénic allait être incorporé au Domaine Royal et risquait de demeurer inhabité. Après la signature de l'Acte d'Union, à Nantes en 1532, François 1er, Roi de France, céda la jouissance de Suscinio et de Lestrénic à la belle Florence de Foix [1495-1537], favorite de François 1er, épouse de Jean de Laval, sire de Chateaubriant.

Madame chateaubriant foix g

Quand elle mourut, le manoir fit retour au Domaine Royal et à partir de cette date, sa ruine va se précipiter.

En 1614, les Frères Mineurs Capucins obtinrent de Laurent PESCHART, Sieur de Lourme, un terrain en bordure de sa propriété de Limoges à Vannes, pour y fonder un couvent. (Grand Séminaire actuellement). Ils pensèrent que les belles pierres du manoir abandonné de Lestrénic pourraient servir à leurs constructions, et ils adressèrent une requête en ce sens au Roi Lous XIII qui séjournait à Nantes. La question fut soumise pour avis au Sénéchal représentant le Rois à Vannes. La réponse fut nette. Depuis une quinzaine d'années, les toitures de Lestrénic avaient disparu, et la charpente s'était effondrée. S'il fallait la restaurer, la réparation coûterait plus cher qu'une construction neuve. Les pierres et les autres matériaux étaient devenus inutiles : loin d'apporter les lieux pour les faire servir à d'autres usages. Le Sénéchal se montrait donc très favorable à la demande des Capucins, sous la seule réserve que seraient respectés les quelques bâtiments encore couvert et les murailles de l'enclos.

Le roi donna son accord, le 26 août 1614, mais en prescrivant de faire, avant la démolition, une description des lieux. cette disposition nous a valu une description détaillée, faite en présence du Sénéchal, Jean MORIN, Sieur de la Vieille Vigne, par experts qualifiés : Etienne Blanchard, un architecte de Nantes, occupé à la démolition du chpateau de l'Hermine à Vannes, Gilles Le Douarin, maître maçon et Julien Le Nivet, demeurant aux faubourg de Vannes. Le compte rendu fournit de nombreuses indications. Malheureusement, faute de plan, il est difficile de les suivre. Celui que Guyot-Jomard a cru pouvoir reconstituer, manque encore de précision et me semble inexact.

On peut retenir tout de même que le vaste domaine était entouré de murs qui en faisaient un enclos et dont le dessin général a été conservé. On y pénétrait par un grand portail voûté en pierre de taille et une petite porte pour les piétons. Le principal corps de logis était long de 8 toises et demie, c'est à dire d'environ 17m entre ses pignons pour une largeur de 8m. Il comprenait une salle basse éclairés par six fenêtres aux croisés de pierre et deux étages. Aux murailles, restaient accrochés quatre grilles de fer qui, sans doute, protégeaient les ouvertures. ce bâtiment, tant du côté de Saint-Laurent que du côté du parc était flanqué d'une chambre basse adjacente au pignon. Une tourelle avec un escalier à vis desservait les étages. Jusque là, on voit assez bien la distribution. Où la difficulté apparait, c'est quand il faut situer les autres logis, faute de connaître la position des deux cours et du jardin qui sont donnés comme repères. Du côté droit, comme on entrait, il y avait une chapelle bâtie sur une cave, deux petits logis couverts de paille qui la joignaient, et "au-dessus et au même rang" trois corps de logis ruinés. De l'autre côté, on signale un corps de logis "vers le jardin", un autre s'avançant vers la cour, deux entre l'escalier et l'autre cour, qui joignaient le portail et le long desquels règnait un appentis. Bref, c'était une construction très importante mais presque complètement ruinée. Les toitures s'étaient effondrées et quelques poutres demeurés en place indiquaient les plafonds.

Le manoir était cependant habité par un fermier nommé Yvon LAYEC qui s'était péniblement installé parmi ces ruines. "Au bout du logis dudit manoir", à ses frais, il avait ouvert un appentis qui lui servait d'habitation. Il abritait ses bestiaux dnas les deux bâtiments couverts de chaume, près de l'ancienne chapelle, et contre la chambre basse, avait aménagé un abri pour son pourceau. Encore toutes ces constructions elles-mêmes menaçaient ruine mais, conformément à l'ordonance royale, elles serons respectées.

Les travaux de démolition furent donc entreprise au profit des Capucins, non sans qu'une nouvelle opposition leur ait été faite de la part du Procureur des Eaux-et-Forêts, le 25 août 1617. Il tenait à vérifier les titres des concessions qui leur avait été accordées par Louis XIII. Et c'est ainsi que le manoir de Lestrénic fût complétement rasé.

Le domaine des Jésuites : 

Lestrenic livre

En 1634, le rois Louis XIII fit don aux Jésuites qui dirigeaient le Collège Saint-Yves de vannes (actuellement le collège Jules Simon) du parc de Lestrénic. Il entendait ainsi leur marquer sa reconnaissance "pour" le soin qu'il apportaient à l'instruction de la jeunesse, tant en vertu et en piété qu'en "belles-lettres". les lettres patentes du roi furent publiées au prône de la grand'messe dans "les trois paroisses champêtres" de Séné, Theix et Saint-Patern. en 1658, Louis XIV confirma cette donation en y ajoutant cinq pièces de terres labourables et deux sous lande, toutes situées dans l'extérieur des murs. L'une d'entre elles se dénommait "le clos de la foire". La propriété était exempte d'impôts. Les seules obligations étaient, à l'avénement du roi, de lui prêter serment de fidélité, de faire prière et oraisons pour la prospérité de Sa Majesté, et de verser symboliquement à la recette du domaine 5 sols tous les ans.

La ferme de Lestrénic :

Quand les Jésuites reçurent la propriété du parc, celui-ci était quasi-délaissé. Les murs qui l'entouraient tombaient en ruines. Les anciens bâtiments, nous lesavons déjà, avaient été rasés au profit des Capucins de Vannes. Seuls demeuraient un petit logis et le colombier vouté.  Quelques parcelles de terres étaient labourées et ensemencées, d'autres cultivées en jardin ou mises en pâture. A la place de l'ancienne fûtaie, on ne voyait plus que des souches. Les arbres avaient été abattus pour servir à la construction du navire "La Couronne", un grand vaisseau de 74 canons qui sortit en 1637 des chantiers de la Roche-Bernard.

La Couronne Vaisseau

Au bas du parc, un étang qui servait de vivier écoulait le trop-plein de ses eaux dans le ruisseau de Saint-Léonard. La propriété couvrait au total environ 80 journeaux, soit une trentaine d'hectares. Elle était toujours louée à la famille Layec de Saint-Laurent qui jusque-là acquittait 120 livres de fermage au profit de Marie de Médicis, la mère de Louis XIII.

Devenus propriétaires, les Jésuites continuèrent leur bail aux Layec, mais ils avaient l'intention de faire du Parc de Lestrénic une "campagne" , nous dirions aujourd'hui, une résidence secondaire, où les Pères viendraient se reposer et jouir d'une agréable détente. En 1647, ils construisirent un corps de logis qui est à l'origine de l'actuel "Château de Lestrénic". A partir de cette date, les baux mentionnent qu'il réservent "le petit enclos dans lequel est bâtie la maison", le colombier, l'étang et les grandes allées. Au fil des ans, les fermages augmentent, attestant une meilleure rentabilité des terres, à moins que ce soit une dévaluation de la monnaie ou les exigences accrues des nouveaux propriétaires, peut-être tout cela en même temps. En 1658, la bail passe à 300 livres, en 1674 à 420, en 1685 à 500, ce qui était sans doute excessif, car il sera résilié avec une clause interdisant de toucher aux arbres et de cuillir les fruits.

L'exploitation directe :

Au XVIII°siècle, les Pères ont préféré exploiter eux-mêmes le domaine. Ils utilisaient un personnel nombreux qui comprenait, outre les gens habitant la propriété, des journaliers er aussi des artisans : menuisiers, charrons, tonneliers, sans oublier un taupier. En 1760, , le jardinier s'appelait André GUILLOTO [marié à Saint-Servant  le 20/7/1745 avec Simone GUEHO]. Il recevait 120 livres par na et les graines étaient vendues à mi-profit. On devait le nourrir avec du pain appelé "bon et mal" dont nous avons trouvé mention sans savoir en quoi il consistait. Sa femme et sa fille Mathurine gardaient des dindons. Jacques PAPILLON et Pierre LE BELLER, respectivement 2ème et 3ème jardiniers, étaient payés  à 48 et 12 livres. Guillaume CELIBERT, âgé de 20 ans était charretier, et Mathurine LE BAGOUZE, de Séné, berger. La première domestique, Guillemette, de Ploeren, avait 48 livres de gages. Olive soignait les vaches que gardait Jeanneton DANIEL. Marion, sa soeur, avait la responsabilité de la basse-cour et du jardin. Tout ce monde était nourir et logé à la feme, chaussé de sabots, certains jusqu'à 6 paires et recevait des étrennes tarifés. Le journalier Yvon, de Bohalgo, avait un réfime à part. Pour 9 sous par jour, il tenait lieu de second garçon, et s'occuapit des chevaux. Il aidait, en outre, à labourer, à faire la moisson et à ramasser les dîmes de Saint-Avé qui appartenaient au Collège (des Jésuites). Comme les autres journaliers, il n'avait droit qu'à la soupe trempée.

Il faut croire que les Pères Jésuites trouvaient encore leur profit à ce genre d'exploitation. E, 1761, ils récoltèrent 13 "perrées" d'avoine, 'la perrée de vannes valait 17 décalitres 171), 11 de seigle, 9 de gros froment, 6 de petit, 9 de blé noir, 6 quarts de pommes de reinettes, 5 de poire de Quessoit, 2 d'oignons. Il n'est pâs fait mention de rapport des étables et de la basse-cour, mais on préleva 7 douzianes de pigeons. Les produits alimentaient le Collège, et le surplus étaient vendus. Jean LE ROUX, de Groutel, un adolescent de 15 ans, conduisait la bourrique, et Simone GUEHO , [la femme du jardinier], écoulait les denrées sur la place des Lices. Malgré la sécheresse, ces documents nous révèlent certains aspects de la vie rurale sous l'Ancien Régime. La main d'oeuvre était surabondante et si les ressources demeuraient très minces, le travail était très très largement partagé, et le rythme très soutenable. On n'étiat pas riche, mais on vivait.

La Révolution de 1789 va perturber cet état de choses. Déjà, en 1762, les Jésuites avaient dû quitter le Collège, mais Lestrénic continua d'en dépendre. C'était sans doute un but de promenade pour les élèves. Un acte du 6 août 1789 nous apprend en effet que messire Auguste Charles de COULANGES, "écolier de la Marine'", âgé de 13 ans et demi, se noya accidentellement sur le rivage de la mer voisine de Lestrénic et fut inhumé dans le cimetière de Séné. Il était un des enfants de Jean Gabriel François Louis de CONTAUD Baron de Coulange.

1789 COULANGE Auguste noyade

Les institutions scolaires ne résistèrent pas plus que les autres aux bouleversements révolutionnaires. Avant même que le Collège ne fut définitivement fermé en 1795, les biens qui constituaient sa dotation tombèrent dans le domaine public. La terre de Lestrénic et ses dépendances furent mises en vente comme Biens Nationaux et adjugés le 13 juillet 1793 pour la somme de 40.400 livres à Auguste PERRIER, négociant à Lorient. Ce même PERRIER rachètera le domaine de Cantizac (lire article).

L'ancien manoir ducal sortait ainsi de la grande histoire pour devenir une simple propriété privée.

Lire article sur le Château de Lestrénic 

 

 

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